Pensez le Futur.

The Future - Review and Concepts from the book: AI For Social Good (1) 18190

We begin from the end. I read the book AI For Social Good by Rahul Dodhia and I gained some interesting ideas from it which I want to elucidate with my own take. So, we begin from the end - the final chapter - not only because it is the freshest parts of the book within my mind as I read them the last, but also because most of its paragraphs had my highlights for the entire book. One of such paragraphs that is worth mentioning is Rahul’s take on how the future of AI should be embraced when it becomes more powerful than we currently know it, and more powerful than humanity could understand. “The advancement of AI forces us to re-evaluate what we value in being human. It pushes us to move beyond intelligence as the primary measure of worth”. Rahul makes the argument that as humans, we have always taken pride in our intelligence, and now we find ourselves at a point where we are creating minds that can become more intelligent than us. Rather than resisting the change, hoping for new careers from the change, or just adapting like we always do, there is a chance now for us to “re-evaluate what we value in being human.” This idea of using AI's advancement as an opportunity to re-evaluate our humanness gained more importance for me because in another section of the same final chapter on “The Future”, it said: “The information revolution inadvertently emphasized negative behaviors, as people found themselves ensnared by screens and engaging in rampant consumerism rather than being exclusively utilized for leisure. Free time was often channeled toward extending work hours”. This suggests that before the information age, somewhere before the 1980s, there were leisure hours which people spent wisely by visiting friends, doing hobbies, and generally performing more fulfilling activities than they are doing now. Going on social media in recent times also shows more people judging the 80s and 60s as some of the best times of their existence. People were generally happier in that era than they are now. If the information age made us lose general happiness, stable mental health, healthy work-life balance, a stronger world economy and a greater sense of contentment as a people, all for chasing more information, then AIs advancement offers us the opportunity to fix these things. If AI becomes more advanced, more leisure will be created because most jobs will be automated. Contrary to the information age, there will not be any value in seeking out more information and knowledge to stay ahead anymore. Rather, real and abundant leisure will be created. Looking on the brighter side of job losses, whatever those activities were in the 60s that made life more exciting, people would become unbridled from the constant thirst for information and do those things - and maybe life will have more meaning again.
ina ina

ina


1200

0

Crise du leadership : La nation n'aura que les dirigeants qu’elles méritent... 47

L’homme naît d’abord avec un réflexe primaire : se défendre. Défendre son corps, son territoire immédiat, sa survie. Cet instinct est ancien, presque animal. Avec l’évolution sociale et intellectuelle, cet horizon s’élargit. L’homme devient capable de défendre sa famille, son clan, puis parfois une communauté. Mais rares sont ceux capables de penser et de défendre durablement l’intérêt d’une nation entière. C’est pourtant cette capacité qui distingue le véritable homme d’État du simple acteur politique et du citoyen suiveur. Cette réalité éclaire une grande difficulté des systèmes modernes à produire de véritables leaders et davantage dans les contrées en plein développement où le niveau de vie se conjugue majoritairement avec celui de conscience et de la clarté de la vision. La plupart des individus raisonnent naturellement à partir de leurs intérêts immédiats. Même dans les démocraties les plus avancées, beaucoup de responsables politiques défendent d’abord leur carrière, leur clientèle électorale, leur groupe régional, ethnique, économique ou idéologique. Peu parviennent à s’extraire de cette logique pour adopter une vision nationale de long terme. L’histoire politique mondiale regorge d’exemples illustrant cette différence fondamentale entre le gestionnaire et le leader. Un gestionnaire administre l’existant. Un leader transforme une société en portant une vision qui dépasse son propre intérêt. Lorsque le général Charles de Gaulle revient au pouvoir en 1958, la France est profondément divisée par la guerre d’Algérie. Il aurait pu choisir la facilité politique en s’alignant sur les groupes les plus puissants du moment. Il choisit au contraire une voie douloureuse mais qu’il considérait conforme à l’intérêt stratégique de la France. Cette capacité à penser la nation avant les passions immédiates définit précisément le leadership historique. De la même manière, Nelson Mandela aurait pu gouverner l’Afrique du Sud dans un esprit de revanche après vingt-sept années de prison. Il choisit la réconciliation nationale. Là encore, il ne défendait plus un groupe, mais une idée supérieure de la nation. Ses successeurs vont dilapider le capital cumulé. Nombre de pays souffrent aujourd’hui d’une fragmentation politique permanente. Les partis deviennent des machines électorales centrées sur les équilibres internes, les ambitions personnelles ou les calculs de court terme. Le débat politique se réduit alors à une compétition quantitative : combien de sièges, combien de voix, quelles coalitions. C’est précisément ici qu’intervient le rôle théorique des partis politiques. Dans les démocraties modernes, les partis ne devraient pas être de simples instruments de conquête électorale. Leur mission fondamentale est beaucoup plus noble et plus difficile : détecter, former et promouvoir des personnalités capables de dépasser les intérêts particuliers pour incarner l’intérêt général. Or cette mission est devenue extrêmement complexe. La massification médiatique, la domination des réseaux sociaux et la politique du buzz favorisent souvent les profils les plus visibles plutôt que les plus visionnaires. On récompense davantage la capacité à produire une phrase virale que l’aptitude à construire une stratégie nationale sur vingt ans. Le temps médiatique est devenu plus rapide que le temps politique. Cette dérive explique pourquoi tant de sociétés connaissent aujourd’hui une crise du leadership. Les dirigeants sont parfois élus par mécanisme statistique plus que par véritable adhésion à une vision. Le suffrage universel demeure indispensable, mais il ne garantit pas automatiquement l’émergence des meilleurs. Il permet surtout de désigner les plus capables de gagner une majorité. Entre être élu et être un leader historique, il existe pourtant une immense différence. Un leader véritable possède plusieurs caractéristiques rares : la capacité de sacrifice personnel, la vision à long terme, le courage de l’impopularité temporaire et surtout l’aptitude à faire converger des intérêts contradictoires autour d’un projet national. C’est pourquoi les grandes nations investissent énormément dans la formation de leurs élites politiques, administratives et intellectuelles. Les universités, les grandes écoles, les institutions militaires ou diplomatiques jouent souvent un rôle majeur dans la fabrication des dirigeants. Les États-Unis ont Harvard University, Yale University ou Stanford ; la France possède Sciences Po ou l’ancienne ENA ; le Royaume-Uni s’appuie depuis des siècles sur University of Oxford et University of Cambridge. Ces institutions ne produisent pas automatiquement des génies politiques. Mais elles créent des espaces où se construit une culture de l’État et de la nation. Dans les pays en développement, la difficulté est encore plus grande. Le poids des appartenances locales, tribales, économiques ou clientélistes peut parfois empêcher l’émergence d’une véritable conscience nationale. Le responsable politique devient alors le défenseur d’un segment de société ou de groupe d'intérêts plutôt que le serviteur de l’ensemble national. Or aucune nation ne peut durablement progresser sans dirigeants capables d’élever le débat collectif au-dessus des intérêts immédiats. Le grand défi politique du XXIe siècle n’est donc pas uniquement économique ou technologique. Il est humain. Comment former des femmes et des hommes capables de penser plus loin qu’eux-mêmes ? Comment produire des dirigeants qui acceptent parfois de perdre politiquement pour faire gagner leur pays historiquement ? À cet égard, la situation qui se dessine au Maroc illustre crûment cette crise de leadership, avec des partis essoufflés, incapables de renouveler leurs élites et leurs discours, tandis que le champ politique oscille entre le populisme tapageur des uns, le silence ou l’incompétence assumée des autres, et la prolifération de spécialistes du mensonge et de la promesse creuse, à moins de trois mois d’élections législatives cruciales pour l’avenir du pays. Ou en sommes-nous des personnalités telles que Allal El Fassi, Abderrahim Bouabid, Abdelkhalek Torres, Mohamed Hassan El Ouazani et d'autres encore. Elles sont toutes le produit d'une conscience et d'un contexte historique. Ou en est on justement des véritables défis, de la conscience et de la responsabilité. Quid du contexte qui ne nous laisse plus aucun choix. Où aller de l'avant et consolider la trajectoire ascendante du pays ou au contraire rater le tournant technologique comme nous avions raté celui de la mécanisation. Les conséquences chacun le sait: L'Empire Chérifien avait fini par être mis sous protectorat et disloqué. Bon nombre de citoyens sont aujourd'hui convaincu que la réponse ne peut venir uniquement des urnes. Elle dépend aussi de l’éducation, de la culture politique, de la qualité des institutions, de l'honnêteté des citoyens et de la maturité de la société. Car au fond, une nation obtient souvent les leaders qu’elle prépare, qu’elle valorise… et qu’elle mérite.

Le paradoxe marocain : une puissance émergente confrontée au défi du récit international!!! 95

À l'heure où les rapports de force internationaux se jouent autant dans l'espace informationnel que sur les terrains diplomatique, économique ou militaire, l'image d'un pays est devenue un actif stratégique. Une récente étude menée par le cabinet Affinytix, domicilié à Casablanca, ayant analysé 4 158 articles publiés par 363 médias dans 53 pays entre septembre 2025 et mars 2026, a révélé un décalage marqué entre les relations diplomatiques du Maroc et sa couverture médiatique internationale. Affinytix a mis en lumière un paradoxe révélateur : le Royaume accumule les succès et renforce sa position sur la scène internationale, mais peine encore laborieusement à imposer un récit cohérent et influent à la mesure de ses ambitions. **Une visibilité croissante qui attire l'attention** Depuis deux décennies, le Maroc s'est imposé comme l'un des acteurs les plus dynamiques du continent africain. Son positionnement géographique, sa stabilité institutionnelle, sa stratégie africaine win win, ses investissements dans les infrastructures, les énergies renouvelables et la logistique ont contribué à renforcer son statut régional. Les avancées diplomatiques considérables enregistrées sur la question du Sahara marocain, le développement du complexe portuaire Tanger Med et de ceux à venir à Nador et Dakhla, le gazoduc Nigéria-Maroc, les projets liés à l'économie verte ou encore l'Initiative Atlantique destinée aux États du Sahel, témoignent d'une volonté affirmée de projection internationale. Cette montée en puissance s'accompagne d'une exposition médiatique croissante. Or, dans le système international contemporain, plus un pays gagne en influence, plus il devient l'objet d'analyses critiques, de rivalités narratives et parfois de campagnes de déstabilisation informationnelle. Le quotidien du pays avec son voisin de l'est et ce qui s'est passé pendant et après la CAN 2025 en sont le révélateur parfait. **Le décalage entre les réalisations et leur perception** L'une des principales conclusions de l'étude d'Affinytix réside dans l'existence d'un écart significatif entre les réalisations du Maroc et la manière dont elles sont perçues à l'étranger. Alors que les décideurs marocains mettent en avant les performances économiques, les réformes institutionnelles et les succès diplomatiques, une partie de la presse internationale continue de privilégier les sujets liés aux tensions régionales, aux questions migratoires ou aux problématiques sociales réelles ou imaginées. Ce phénomène révèle une faiblesse structurelle : le Maroc communique souvent sur ses actions mais peine encore à transformer celles-ci en récit stratégique capable de s'imposer durablement dans les grands espaces médiatiques internationaux. Autrement dit, le Royaume produit des résultats mais ne contrôle pas toujours la narration qui les accompagne. Là aussi la CAN 2025 en a donné un signal éloquent. **La bataille des récits : un enjeu du XXIe siècle** La compétition internationale ne se limite plus aux indicateurs économiques ou aux équilibres militaires. Elle se déroule également dans le domaine de l'influence, où les perceptions façonnent les décisions politiques, les investissements et les alliances. Les grandes puissances ont compris depuis longtemps que le « soft power » constitue un levier essentiel de leur rayonnement. Universités, centres de réflexion, médias internationaux, diplomatie culturelle, musique, cinéma, séries télévisées et plateformes numériques contribuent à construire une image favorable et à diffuser une vision du pays et du monde avec le prisme du pays qui en est l'auteur. Dans ce domaine, le Maroc dispose d'atouts considérables mais insuffisamment mobilisés, rarement ou maladroitement exploités. Son héritage historique, sa stabilité, sa diversité et richesse culturelle, son modèle religieux modéré, son ouverture sur l'Afrique et sa position de carrefour entre plusieurs espaces géopolitiques constituent autant d'éléments susceptibles de nourrir un récit attractif, puissant et crédible. **Les défis internes de la crédibilité** Toute stratégie d'influence repose toutefois sur une condition essentielle : la cohérence entre le discours et la réalité. Les difficultés liées aux inégalités sociales, à l'emploi des jeunes, à la qualité de certains services publics ou aux disparités territoriales, continuent d'alimenter des critiques acerbes à l'intérieur et alimente copieusement l'extérieur. C'est qu'au Maroc, il y a une véritable liberté d'expression dont certains médias étrangers ne veulent pas entendre. Il y a par ailleurs une vie politique très dynamique sans égal dans la zone Mena. Les réseaux sociaux ont permis à certains, avide de points Adsense, de s'exprimer et dans beaucoup de cas diffuser impunément des propos calomnieux. Ces défis ne remettent pas en cause les progrès réalisés, mais ils montrent que l'influence internationale se construit d'abord sur la solidité des performances internes. L'image d'un pays ne peut durablement prospérer si elle n'est pas soutenue par des résultats tangibles, perceptibles, reconnus et révélés par sa propre population. **Vers une diplomatie du récit** Face à ce constat, le Maroc gagnerait à franchir une nouvelle étape dans sa stratégie internationale. La première consiste à passer d'une logique de communication à une logique d'influence. Il ne s'agit plus seulement d'informer mais de convaincre, d'inspirer et de façonner les perceptions. La deuxième implique la mobilisation coordonnée des universités, des centres de recherche, des médias, de la diaspora, des entrepreneurs et des intellectuels marocains afin de porter un discours cohérent sur les transformations du pays. La troisième suppose le développement de capacités d'anticipation permettant de détecter rapidement les campagnes informationnelles hostiles et d'y répondre avec efficacité. Enfin, la consolidation des réformes économiques et sociales demeure la meilleure garantie de crédibilité internationale. L'analyse d'Affinytix met en évidence une réalité fondamentale : le Maroc souffre moins d'un déficit de réalisations que d'un déficit de narration stratégique. Le Royaume avance certainement beaucoup plus vite que l'image qui en est projetée à l'international et à laquelle sont sensibles également les citoyens marocains et qui est largement exploitée également par les sceptiques et ceux imprégnés de certaines idéologies ou croyances. Dans un monde où l'influence est devenue une dimension essentielle de la puissance, l'enjeu n'est plus uniquement de construire des infrastructures, de signer des accords ou de remporter des succès diplomatiques. Il consiste désormais à inscrire ces réalisations dans un récit global capable d'expliquer au monde ce que représente aujourd'hui le Maroc et ce qu'il aspire à devenir demain. La prochaine étape du développement marocain pourrait ainsi être moins matérielle que narrative : transformer la réussite en influence et l'influence en puissance crédible et durable.

Quand les plateaux de football deviennent des tribunes de géopolitique mal inspirée... 100

La Coupe du monde est d’abord une fête du sport, un moment où tactique, technique, pronostics et récit collectif tiennent l’affiche. Pourtant, à chaque grande compétition, depuis quelques temps, certains plateaux médiatiques se transforment en arènes politiques improvisées. Les débats consacrés au jeu basculent trop souvent vers des joutes géopolitiques mal maîtrisées, au détriment de l’analyse sportive et du respect entre peuples. La télévision offre une visibilité précieuse. Pour un consultant, un chroniqueur ou un animateur, être invité sur un plateau signifie la possibilité d’éclairer, d’informer et de partager un savoir-faire. Mais la notoriété ne confère pas la compétence. Or, nous assistons ces derniers jours à une tendance préoccupante : des intervenants dont la légitimité porte sur le football se muent en politologues d’occasion lorsqu’il s’agit des sélections maghrébines. Plutôt que d’expliquer un choix tactique, une prestation technique ou d’analyser une préparation physique, certains profitent du micro pour dénoncer ou instrumentaliser des tensions historiques et diplomatiques. Le ton devient agressif et les propos se font ridicules, oscillant entre antisémitisme, invectives de caniveau et dénigrements maladifs. Cette dérive n’est pas anodine. Elle repose sur une confusion des registres : parler de football suppose une expertise sportive ; parler de relations internationales exige la maîtrise des faits, du recul historique et de la prudence rhétorique. Les deux domaines reposent sur des méthodologies différentes. Les réduire l’un à l’autre, c’est mettre en danger la qualité du débat public. L’effet loupe médiatique implique que la visibilité devrait se conjuguer avec responsabilité. Le deuxième problème tient à l’impact. Un plateau télé est regardé par des milliers, voire des millions de personnes. Les phrases prononcées en direct sont reprises et amplifiées sur les réseaux sociaux, parfois sorties de leur contexte. Quand un chroniqueur émet une opinion tranchée sur l’histoire ou la diplomatie, le public peut la percevoir comme un verdict autorisé. Ce phénomène est d’autant plus dangereux qu’il peut faire passer une vision partisane, volontairement orientée pour une « vérité » médiatique, alimentant ressentiments et stéréotypes entre peuples frères. Il faut rappeler une évidence : aucun intervenant ne parle au nom d’un peuple. La délégation de parole, dans une démocratie médiatique, n’est pas synonyme de mandat. Confondre la voix d’un consultant et celle d’une nation est une erreur aussi fréquente que dommageable. Les passions sportives ne doivent pas ainsi piétiner des liens séculaires. Si les envolées verbales font les choux gras des talk-shows, elles ne sauraient occulter une réalité plus solide : les liens entre les peuples du Maghreb reposent sur des siècles d’histoire partagée, des échanges économiques et culturels et des solidarités familiales. Ces liens résistent, la plupart du temps, aux excès des plateaux et aux errements de certains "politiques". Les rivalités sportives s’inscrivent souvent dans un cadre de compétitivité saine ; elles ne doivent pas être transformées en conflit politique dont le simple objectif de masquer telle ou telle faiblesse. Distinguer la règle de l’exception est donc essentiel. Les dérapages existent, mais ils ne rendent pas compte de l’ensemble des relations humaines et culturelles dans la région ou encore de la situation véritable de tel ou tel pays. Par contraste, la majorité des supporters, journalistes sportifs et analystes travaillent à faire du sport un vecteur d’échanges, pas un prétexte pour polariser les sociétés. Les plateaux qui ont permis ces dérives feraient bien de revenir aux bonnes pratiques pour reconquérir le débat. Il est possible de restaurer la qualité des émissions ; les responsables des médias concernés et les gouvernants ont le devoir de veiller à cela, à moins que cela ne les arrange. A moins qu'ils ne soient complices, quelques recommandations pratiques s’imposent à eux : - Clarifier les cadres : distinguer nettement les séquences sportives des débats sociopolitiques, avec des animateurs qui recentrent le propos lorsqu’il dégénère. - Encourager la nuance : promouvoir des interventions documentées, sourcées et nuancées plutôt que l’emphase et la provocation gratuites. - Responsabiliser les médias : établir des chartes éditoriales qui précisent le périmètre d’intervention des consultants et sanctionnent les dérives factuelles. - Former les intervenants : proposer aux consultants sportifs des sessions de sensibilisation aux enjeux historiques et diplomatiques, et inversement. - Respecter les compétences : inviter sur les sujets géopolitiques des spécialistes qualifiés (universitaires, historiens, diplomates) et les distinguer des débats sportifs. Ces mesures ne visent pas à museler la parole, mais à la rendre plus légitime et utile. Elles sont ici avancées en sachant que cela ne fera pas forcément reculer les fauteurs de troubles. Mais au-delà du confort déontologique, l’enjeu est concret : la crédibilité du débat public. Lorsque l’ignorance se fait passer pour expertise, c’est l’ensemble de l’audience qui perd. Le spectateur vient chercher une explication sur la performance d’une équipe, pas une leçon d’histoire tronquée au service de la haine et de la discrimination. Le risque est de banaliser l’approximation intellectuelle et d’instrumentaliser la télévision comme caisse de résonance de rancœurs mal informées et sans doute entachées de propagande bas de gamme. Le football mérite mieux que d’être détourné au profit de polémiques prématurées et mal fondées. Les plateaux sportifs doivent rester des espaces d’analyse du jeu, de célébration des performances et d’échanges respectueux. Lorsque la politique doit être discutée, appelons des voix qualifiées et donnons-leur le temps de l’analyse. Cesser d’inviter la géopolitique improvisée, c’est rendre au sport sa fonction première : rapprocher les peuples, non les éloigner. La polémique et l'insultes n'enlèvent rien au mérite d'un pays et de ses réussites, pas plus qu'elles n'anoblissent ceux et celles qui les colportent.

Démographie : le défi existentiel du Maroc du XXIe siècle... 112

Traiter de démographie est souvent perçu comme un exercice statistique réservé aux démographes, aux économistes ou aux institutions spécialisées. L’histoire montre pourtant qu’aucun facteur n’influence davantage le destin d’une nation que l’évolution de sa population. La puissance économique, la cohésion sociale, les capacités militaires, l’innovation, les retraites, la santé publique ou encore les équilibres territoriaux dépendent tous de la dynamique démographique. Les publications du Haut-Commissariat au Plan et les rapports du Conseil économique, social et environnemental décrivent régulièrement les transformations en cours. Mais la portée stratégique de ces évolutions est rarement abordée, comme si le vieillissement de la population n’était qu’un phénomène naturel parmi d’autres plutôt que l’un des principaux défis du Maroc pour les prochaines décennies. Le pays compte près de 37 millions d’habitants. Ce chiffre est important à l’échelle régionale, mais bien modeste comparé à de nombreuses puissances émergentes. Le Maroc est engagé dans une transition démographique accélérée. La fécondité, qui était de 5,78 enfants par femme dans les années 1980, a chuté à des niveaux menaçant le seuil de renouvellement des générations. Cette évolution reflète la progression de l’éducation, l’amélioration de la condition féminine, l’urbanisation croissante et l’accès aux soins de santé. Elle porte en elle ses propres défis. Lorsque les générations deviennent moins nombreuses, la pyramide des âges se modifie progressivement : la base se rétrécit, le sommet s’élargit, la société vieillit. Le Maroc risque donc de vieillir avant d’être devenu pleinement riche. Contrairement aux pays européens, qui ont bénéficié d’un siècle de prospérité avant d’affronter le vieillissement, le Royaume devra gérer simultanément les exigences du développement et celles d’une population de plus en plus âgée. Un véritable piège. Le Japon, souvent cité comme référence mondiale du vieillissement, est devenu une puissance économique avant de vieillir. Le Maroc, lui, pourrait connaître une transition démographique rapide sans disposer d’un niveau de richesse suffisant pour en absorber les conséquences : les dépenses sociales, celles de santé et la prise en charge des personnes âgées exploseront. Le nombre de cotisants soutenant les systèmes de retraite diminuera, avec moins d’actifs pour davantage d’inactifs. Aucun système de retraite ne peut durablement résister à cette réalité mathématique. La question devient plus stratégique au regard des ambitions économiques du Royaume. Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le pays s’est engagé dans une transformation profonde de son modèle économique. Les infrastructures modernes, les énergies renouvelables, l’automobile, l’aéronautique, les industries de défense émergentes, les technologies numériques, les grands projets logistiques et la Coupe du Monde de football, constituent les piliers de cette nouvelle économie. Mais derrière les investissements et les infrastructures se trouve toujours le même facteur déterminant : le capital humain. Qui travaillera dans les usines de demain et construira les infrastructures futures ? Qui assurera la production agricole alors que les campagnes se vident ? Qui financera les mécanismes de solidarité nationale ? Le paradoxe marocain est déjà clair. Le pays connaît simultanément un chômage élevé et des pénuries de main-d’œuvre dans de nombreux secteurs. Le bâtiment, l’agriculture, l’artisanat, certaines industries manufacturières et plusieurs métiers techniques peinent à recruter. Cette contradiction traduit une inadéquation croissante entre les besoins de l’économie et les aspirations d’une partie de la jeunesse, qui recherche légitimement ou pas, des conditions particulières et des emplois plus rémunérateurs. Parallèlement, le désintérêt croît pour certains métiers pourtant essentiels à l’économie. Le phénomène n’est pas exclusivement marocain : il touche aussi l’Europe et l’Amérique du Nord. Ici, il est aggravé par d’autres facteurs dont la faible valorisation sociale de certains métiers, l’importance du secteur informel et les insuffisances de la formation professionnelle après l’abandon du compagnonnage, stigmatisé à tort comme travail des enfants. Le travail manuel et technique est insuffisamment valorisé alors même qu’il constitue l’épine dorsale de nombreuses économies performantes. Une autre question commence à émerger discrètement : et si le Maroc devenait un pays d’immigration structurelle ? Cette hypothèse peut surprendre dans un pays historiquement marqué par l’émigration. Le Maroc accueille déjà des milliers de travailleurs et d’étudiants venus principalement d’Afrique subsaharienne. Demain, ces flux pourraient devenir indispensables à certains secteurs économiques. La véritable question n’est donc pas de savoir si l’immigration existera, mais quelle immigration le Maroc souhaite organiser. Une immigration qualifiée ou de travail temporaire ? Une immigration régionale africaine intégrée à la stratégie continentale du Royaume ? Cette réflexion doit être anticipée dès aujourd’hui afin d’éviter des improvisations futures. La démographie est aussi une question de souveraineté. Les grandes puissances du XXIe siècle disposent d’un équilibre entre territoire, population, économie et innovation. La Chine, l’Inde, les États-Unis et d’autres puissances régionales fondent leur influence sur cette combinaison. Pour le Maroc, la démographie revêt une dimension particulière. Le Royaume nourrit des ambitions économiques continentales, joue un rôle diplomatique croissant, développe ses façades maritimes et renforce sa présence dans les chaînes de valeur mondiales. Toutes ces ambitions exigent une population engagée, motivée, active, dynamique, qualifiée et suffisamment nombreuse. L’enjeu est stratégique : le Maroc a besoin d’un pacte démographique face à ces défis. Un débat national s’impose. La réflexion devrait dépasser la seule question de la natalité. Elle doit englober les politiques familiales, le logement, l’emploi des jeunes, l’éducation, la formation professionnelle, les retraites, l’immigration, la santé et l’aménagement du territoire et l'investissement. Autrement dit, une politique transversale engageant l’ensemble des acteurs publics. Le Maroc a toujours démontré sa capacité à anticiper les grands défis stratégiques : la politique énergétique, les infrastructures portuaires ou la gestion des ressources hydriques en sont des exemples. La démographie mérite aujourd’hui le même niveau d’attention. Un pays ne se résume ni à ses routes, ni à ses usines, ni à ses indicateurs macroéconomiques ; il repose d’abord sur des femmes et des hommes capables de produire, d’innover, de transmettre, de défendre et de construire l’avenir. Le véritable défi n’est donc pas seulement économique ou social : il est démographique. Et c’est précisément parce qu’il est silencieux qu’il est peut‑être le plus important de tous.

Consommer marocain : et si l’État faisait enfin de la préférence nationale un levier massif d’emploi ? 120

Depuis des décennies, le Maroc cherche la formule qui réduirait durablement le chômage, atténuerait les inégalités et renforcerait sa souveraineté économique. Plans et stratégies se succèdent ; pourtant une vérité économique demeure : l’emploi ne se décrète pas, il se crée par la demande. Aucune usine ne recrute si personne n’achète ses produits. Aucun artisan ne survit sans clients. Aucun secteur industriel ne prend de l’ampleur sans un marché solide. Les grandes puissances industrielles l’ont intégré depuis longtemps : pour créer des emplois, il faut d’abord orienter la consommation nationale vers la production nationale. Le Maroc connaît déjà ce mécanisme. Le secteur du logement social en est un exemple probant : exonérations fiscales et dispositifs d’appui ont permis l’émergence d’un écosystème complet. Résultat : des centaines de milliers d’emplois directs et indirects dans le bâtiment, la menuiserie, les matériaux, le transport et d’autres métiers du second œuvre. Pourquoi ne pas transposer cette logique à l’industrie automobile marocaine par exemple ? Là où le paradoxe est frappant. Le royaume est le premier constructeur automobile d’Afrique. Renault et Stellantis exportent des centaines de milliers de véhicules par an ; des modèles populaires sont assemblés localement et Neo Motors incarne l’ambition d’une marque nationale. Et pourtant, dans la sphère publique comme chez de nombreux particuliers, les achats de véhicules importés restent majoritaires. Quel signal envoie-t-on à nos industriels si l’État lui-même privilégie l’étranger ? Est-il acceptable que les administrations, grosses consommatrices de véhicules, s'approvisionnent massivement en véhicules importés ? Cela devrait être simplement évité. Qu’un particulier choisisse d’acheter un véhicule non fabriqué au Maroc pour se rendre au travail ou transporter sa famille, c’est son choix ; que l’État le fasse est une autre affaire. C’est pourquoi une politique d’incitation à l’achat national paraît économiquement logique et facile à imaginer : primes pour l’achat de véhicules produits au Maroc (par exemple une ristourne de 30 000 dirhams pour certains véhicules électriques nationaux, 20 000 pour des modèles populaires fabriqués localement), exonérations fiscales ciblées et accès à des crédits préférentiels pour les voitures à fort contenu industriel national. Ces mesures peuvent sembler coûteuses à première vue. Mais il faut mesurer l’effet en chaîne : quand un véhicule fabriqué au Maroc est acheté, l’usine augmente sa production, les sous-traitants recrutent, les transporteurs créent de la valeur, l’État perçoit davantage de recettes fiscales et de cotisations sociales, et les salaires injectés relancent d’autres secteurs. Une voiture nationale n’est pas seulement un achat ; elle active toute une filière économique. Les précédents ailleurs confortent cette approche. Le Buy American Act aux États Unis, la protection stratégique des filières en Chine, les bonus écologiques européens favorisant la production locale, ou encore les politiques industrielles allemandes montrent que privilégier la production nationale n’est pas un réflexe d’isolationnisme mais un instrument courant de politique industrielle. Pourquoi ce qui est jugé intelligent ailleurs deviendrait il du « protectionnisme excessif » appliqué au Maroc ? Comment expliquer que des bureaux soient équipés de mobilier importé alors que de nombreux menuisiers se plaignent d’un manque de demande ? Comment se fait-il que les tapis utilisés dans certains espaces publics et bureaux ne viennent ni de Rabat, de Taznakht, ou de l’Atlas ? Des milliers d’emplois pourraient ainsi être créés. L’État marocain dispose d’un levier majeur : ses marchés publics. Ministères, collectivités et établissements publics dépensent chaque année des milliards. Si chaque dirham public dépensé à l’étranger est potentiellement un emploi perdu, imaginons une règle simple : priorité obligatoire au produit marocain lorsqu’une alternative locale existe. Cela change tout. Mobilier administratif fabriqué au Maroc, véhicules publics fabriqués localement, artisanat intégré dans les bâtiments publics, matériaux locaux pour les chantiers publics : ces décisions introduiraient une demande structurelle et durable pour des milliers d’entreprises marocaines. Les bâtiments publics pourraient devenir des vitrines du savoir-faire national car l’enjeu dépasse l’industrie : il touche la culture et le patrimoine. Le Maroc possède un artisanat parmi les plus riches du monde : zellige, tadelakt, bois sculpté, ferronnerie, tapis, cuir, plafonds traditionnels et pourtant de nombreux espaces publics affichent un standard sans identité. Imposer une part significative d’artisanat marocain dans les nouvelles constructions publiques ne serait pas seulement symbolique : ce serait un soutien massif aux artisans, aux PME, à la transmission des métiers et au tourisme culturel. Quel impact sur l’emploi ? Un emploi direct dans l’industrie génère souvent 3 à 5 emplois indirects (sous traitance, logistique, maintenance, commerce, services financiers). Si les achats publics basculaient vers le « Made in Morocco », des dizaines de milliers d’emplois pourraient être créés ou consolidés sur plusieurs années. Dans l’artisanat et les matériaux locaux, l’effet social serait encore plus marqué, ces secteurs étant très intensifs en main d’œuvre. Prôner le « consommer marocain » n’est pas du nationalisme fermé. Le pays doit évidemment rester ouvert aux échanges et aux investissements étrangers ; cette ouverture a été un facteur de réussite. Mais l’ouverture intelligente suppose aussi de consolider une base productive nationale. Produire sans consommer ses propres biens, c’est rester dépendant d’une demande extérieure volatile et s’exposer aux chocs internationaux. La souveraineté économique commence par la confiance dans nos capacités productives. Le véritable obstacle peut être culturel : pendant longtemps, l’importé a été considéré comme supérieur dans de nombreuses sociétés post coloniales. Pourtant, les faits parlent : des voitures fabriquées au Maroc roulent en Europe, des câblages et pièces marocaines équipent des marques mondiales, l’aéronautique et le textile nationaux travaillent pour des multinationales. Le défi est souvent le regard que nous portons sur nous-mêmes. En réalité, le chômage reculerait lorsque la production locale trouvera une demande nationale forte et durable. Chaque fois qu’un Marocain choisit un produit fabriqué au Maroc, il soutient un salaire, une famille, un atelier, une usine, un savoir-faire et contribue à une stabilité sociale accrue. Le patriotisme économique n’est pas un slogan : c’est une stratégie de développement. Si le pays associe volontarisme industriel, soutien ciblé et transformation culturelle, la plus grande richesse du Maroc pourrait ne plus être seulement ce qu’il exporte, mais aussi ce que ses citoyens choisiront fièrement de produire et de consommer.

Afrique du Sud : crépuscule d’un modèle et recomposition du leadership africain ? 145

Trois décennies durant, l’Afrique du Sud a incarné l’image d’une Afrique moderne, industrialisée et réconciliée avec son histoire. La fin de l’apartheid en 1994 avait suscité un immense espoir. Avec Nelson Mandela, le pays semblait démontrer qu’une transition pacifique entre des communautés longtemps opposées était possible. Le constat est aujourd'hui nuancé. Le pays traverse une période de profondes turbulences économiques, sociales et institutionnelles qui interrogent sa capacité à conserver son statut de première puissance continentale. Les difficultés ne relèvent pas de la simple conjoncture économique défavorable, mais traduisent des fragilités structurelles qui se sont progressivement accumulées au fil des années. L’économie, longtemps considérée comme la plus développée d'Afrique, peine à retrouver son dynamisme. La croissance reste faible tandis que le chômage atteint des niveaux alarmants. Statistics South Africa avance 32% pour le taux global et 45% chez les jeunes en 2025, nourrissant frustrations sociales et sentiment de déclassement. À cela s’ajoutent les défaillances persistantes des infrastructures. Les coupures d’électricité, les difficultés du réseau ferroviaire, la dégradation des services publics ainsi que les problèmes de gouvernance des entreprises nationales pèsent lourdement sur la compétitivité de l’économie. L’attractivité du pays auprès des investisseurs, qui pendant longtemps considéraient l’Afrique du Sud comme la porte d’entrée naturelle vers le continent, en est fortement affectée. Les indicateurs économiques ne suffisent cependant pas à mesurer l’ampleur des défis actuels. La question sécuritaire constitue l’une des principales inquiétudes. Avec plus de 27 000 homicides chaque année, soit près de 76 meurtres par jour, c'est l’un des pays les plus violents. À Johannesburg, Pretoria ou Durban, la sécurité est une vraie préoccupation. Les quartiers protégés par des systèmes de sécurité sophistiqués se multiplient; Orania en est l’archétype. Les entreprises consacrent des budgets importants à la sécurité privée, d’où un climat général de défiance fragilisant davantage la cohésion nationale. Les tensions se manifestent également sous forme de violences xénophobes récurrentes. Les migrants sont accusés d’être les acteurs de l’insécurité et deviennent les souffre‑douleur d’une frustration sociale alimentée par les difficultés économiques. Parallèlement, une partie de la population blanche exprime un sentiment croissant de marginalisation. Les débats autour des politiques de discrimination positive, de la réforme foncière et de la redistribution économique alimentent des perceptions d’injustice et d’exclusion. Le pays peine à construire un équilibre durable entre réparation historique, justice sociale et cohésion nationale. Pendant de nombreuses années, l’African National Congress (ANC) a bénéficié d’un immense capital politique hérité de la lutte contre l’apartheid. Ce crédit historique s’est érodé. Les scandales de corruption ont profondément marqué l’opinion publique. Les travaux de la commission Zondo sur le «state capture» ont mis en lumière l’ampleur des réseaux d’influence qui ont affecté le fonctionnement de l’État et de plusieurs entreprises publiques stratégiques. De plus en plus de Sud‑Africains considèrent désormais que les difficultés actuelles du pays ne peuvent plus s’expliquer uniquement par l’héritage du passé. Les questions de gouvernance, d’efficacité administrative et de gestion publique occupent désormais une place centrale dans le débat national. Les résultats électoraux récents, qui ont contraint l’ANC à gouverner dans le cadre d’une coalition, illustrent cette perte progressive d’hégémonie politique. Pendant plusieurs décennies, l’Afrique du Sud dominait largement le continent sur les plans industriel, financier et technologique. Aujourd’hui, de nouveaux pôles de croissance émergent. Le Maroc est l’exemple le plus significatif de cette évolution. Grâce à une stratégie industrielle cohérente, le Royaume s’est imposé comme un acteur majeur dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique, des énergies renouvelables et de la logistique. Le port Tanger Med est la première plateforme portuaire d’Afrique et de la Méditerranée, reliant le Royaume à plus de 180 ports internationaux. Les exportations automobiles marocaines ont atteint des niveaux records. Le pays est désormais le plus industrialisées du continent. Cela fait mal à Pretoria. Cette progression ne signifie pas le remplacement de l’Afrique du Sud. Les deux économies disposent de structures différentes et de nombreux atouts complémentaires. Elle illustre néanmoins un rééquilibrage progressif des centres de gravité économiques du continent. Les difficultés sud‑africaines soulèvent une question stratégique rarement abordée : où se dirigeront les capitaux, les compétences et les talents à la recherche d’environnements plus stables ? L’histoire économique mondiale montre que les périodes de transition s’accompagnent souvent de mouvements de capitaux, de savoir‑faire et d’investissements vers les économies offrant les meilleures perspectives. Dans ce contexte, le Maroc dispose d’atouts considérables : stabilité institutionnelle, infrastructures modernes, proximité avec les marchés européens, accords de libre‑échange, cadre réglementaire attractif et vision économique de long terme. L’enjeu pour Rabat n’est pas de profiter des difficultés de Pretoria mais de se positionner comme la plateforme majeure de la croissance africaine du XXIe siècle. Il serait prématuré d’annoncer le déclin irréversible de l’Afrique du Sud. Le pays conserve des atouts considérables : une économie diversifiée, des universités de premier plan, un secteur financier sophistiqué, des infrastructures industrielles importantes et un capital humain remarquable. Cependant, l’expérience rappelle une réalité fondamentale : aucun leadership n’est acquis définitivement. La puissance économique ne repose pas uniquement sur les acquis du passé ; elle dépend de la qualité de la gouvernance, de la sécurité, de la capacité d’innovation et de la confiance qu’un pays inspire à ses propres citoyens comme aux investisseurs étrangers. L’Afrique du Sud reste un acteur incontournable du continent, mais la montée en puissance du Maroc et d’autres pôles émergents d’Afrique de l’Ouest montre que le leadership africain entre dans une nouvelle phase. La question n’est pas de savoir qui dominera le continent, mais quels pays sauront le mieux répondre aux exigences de compétitivité, de stabilité et d’innovation pour être les leaders de demain. À cet égard, le Maroc apparaît comme l’un des principaux bénéficiaires des recompositions géoéconomiques en cours, confirmant progressivement son ambition de devenir le centre stratégique du développement africain du XXIe siècle. Mieux informés sur le Royaume, de nombreux Sud‑Africains seraient tentés d’entreprendre et, pourquoi pas, de s’y installer. De grandes entreprises sont déjà là.

Accord américano-iranien : une lueur d'espoir dans un Moyen-Orient épuisé par les guerres 285

L'annonce d'un accord entre Washington et Téhéran constitue sans aucun doute l'un des développements diplomatiques les plus importants de ces dernières années au Moyen-Orient. Certes, il ne s'agit pas encore d'un accord définitif. Les questions les plus sensibles restent en suspens et les prochaines semaines seront déterminantes pour transformer cette avancée en un cadre durable de stabilité, tant espéré. Néanmoins, le simple fait que les deux parties aient choisi la voie de la négociation plutôt que celle de l'escalade représente déjà une victoire pour la raison. On a vraiment besoin de raison par les temps qui courent. Dans une région où les crises semblent se succéder sans interruption, cette évolution apporte un souffle d'espoir à des populations épuisées par des décennies de tensions, de conflits et d'incertitudes. Au-delà des considérations stratégiques, ce sont les citoyens ordinaires qui paient toujours le prix le plus lourd des confrontations géopolitiques : inflation, ralentissement économique, insécurité généralisée et perte de confiance dans l'avenir. Donald Trump, qui avait fait de la dénonciation de l'accord nucléaire de 2015 l'un des marqueurs de sa politique étrangère, peut aujourd'hui revendiquer une avancée diplomatique significative. Ses détracteurs comme ses partisans reconnaissent que l'ouverture d'un canal de dialogue avec l'Iran était devenue une nécessité face aux risques d'embrasement régional. Si cet accord préliminaire débouche sur un règlement plus global, il constituera l'un des faits marquants de son retour à la Maison-Blanche. Mais toute avancée diplomatique produit également ses gagnants et ses perdants. Parmi ces derniers figure incontestablement le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Depuis plusieurs années, sa stratégie politique unique, repose largement sur la perception d'une menace existentielle permanente justifiant une politique sécuritaire de plus en plus radicale. Or, une détente entre Washington et Téhéran affaiblit considérablement ce discours. Après les tragédies vécues à Gaza, les tensions régionales et les fractures croissantes au sein même de la société israélienne, le bilan politique de Netanyahu risque d'être sévèrement jugé par ses concitoyens. Les dizaines de milliers de victimes, les destructions massives et les traumatismes collectifs laisseront des cicatrices profondes pour plusieurs générations. La question fondamentale demeure : que restera-t-il de ces guerres une fois dissipés les discours idéologiques qui les ont alimentées ? L'autre question est également de savoir si avec tant de morts et de destructions dans la région, Israel est elle plus en sécurité? L'histoire récente du Moyen-Orient démontre que les victoires militaires sont souvent éphémères tandis que les conséquences humaines demeurent durables. La haine nourrit la haine. Les attentats provoquent des punitions. Les bombardements engendrent les représailles. Les humiliations d'aujourd'hui deviennent les conflits de demain. Tant que les extrémistes de tous bords continueront à imposer leurs logiques de confrontation, la paix restera fragile. Face à cette réalité, le Maroc offre depuis plusieurs décennies un contre-modèle particulièrement pertinent. Sous la conduite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Royaume a constamment privilégié la diplomatie, le dialogue interreligieux et la recherche de solutions négociées aux crises régionales. Qu'il s'agisse du soutien au processus de paix au Moyen-Orient, de la présidence du Comité Al-Qods ou des multiples initiatives favorisant le rapprochement entre les peuples, le Maroc n'a cessé de porter un message de modération et de coexistence. Cette vision marocaine repose sur une conviction simple : aucune paix durable ne peut être imposée par la force seule. La sécurité véritable naît du dialogue, du développement économique, du respect mutuel et de la reconnaissance de la dignité de tous les peuples. Dans un environnement international de plus en plus polarisé, cette approche apparaît aujourd'hui plus pertinente que jamais. Le Maroc depuis plus de cinquante années a enduré un climat belliqueux permanent à ses frontières, sans pour autant perdre ses nerfs et la maitrise de soi ou encore cessé à aucun moment d'appeler au dialogue. Ce n'est pas une faiblesse de sa part mais plutôt l'expression de sa force tranquille et durable. L'accord américano-iranien, aussi imparfait soit-il, rappelle une vérité fondamentale : lorsque les armes se taisent, même provisoirement, l'espoir renaît. Les jeunes générations du Moyen-Orient, qu'elles soient iraniennes, israéliennes, palestiniennes, libanaises ou autres, aspirent avant tout à vivre, étudier, travailler et construire un avenir meilleur. Elles ne peuvent rester éternellement otages des calculs politiques de dirigeants qui prospèrent sur les divisions. Pour l'heure, le monde peut souffler. Peut-être dormir un peu mieux. Mais la véritable question demeure : pour combien de temps ? L'avenir dépendra de la capacité des peuples de la région à privilégier les bâtisseurs de paix plutôt que les entrepreneurs de guerre. Car au-delà des intérêts nationaux et des rivalités stratégiques, une évidence s'impose : le Moyen-Orient mérite enfin de tourner la page des conflits sans fin. Le Maroc, fidèle à sa tradition diplomatique et à son engagement en faveur de la paix, continuera sans doute à rappeler cette évidence que beaucoup semblent parfois oublier : aucune victoire n'est plus grande que celle qui permet aux peuples de vivre ensemble dans la stabilité, la sécurité et la dignité. Pour l'instant soufflons tous un coup et prions...A aujourd'hui chacun se pose la question de savoir pourquoi ces guerres et que changent t elles véritablement sur le terrain ou au cours de l'histoire...Les anciennes guerre surement celles d'aujourd'hui pas sûr.

Récompense ou réhabilitation ? Ban Ki‑moon reçoit à Alger l’honneur qui interroge... 277

Le geste est parlé autant que la médaille. Lorsque le président algérien Abdelmadjid Tebboune a remis une "prestigieuse médaille", l’une des plus hautes distinctions nationales à Monsieur Ban Ki‑moon, ancien secrétaire général de l’ONU, ce n’était pas seulement une cérémonie protocolaire. C’était un message politique, voulu lourd de sens. Le tout est de savoir à qui ce message était il adressé, pourquoi et pourquoi maintenant. Sur le fond, le geste interroge donc. Ban Ki‑moon, dont le mandat à l’ONU reste associé à des épisodes sensibles dans le dossier du Sahara, recevait les honneurs d’un pouvoir qui continue d’alimenter les tensions régionales et d’entretenir un conflit aux contours largement politisés. Plus que la remise de la médaille, elle‑même, c’est l’accueil médiatique, les accolades diplomatiques, les silences choisis qui révèle la stratégie derrière. Celle d'offrir une caution morale et internationale susceptible de blanchir une posture naguère contestée. S'agit il d'une reconnaissance, même tardive de services rendus? L’intéressé n’a pas seulement accepté la distinction ; il a en outre multiplié les louanges pour le président Tebboune, saluant son « leadership » et son action pour « la paix mondiale ». Rien que cela "LA PAIX MONDIALE". Les médias locaux en jubilèrent. Ces propos, au-delà de leur tonalité courtoise, soulèvent une question légitime : qu’est‑ce qui motive un ancien responsable international à se laisser associer ainsi à un régime engagé dans une diplomatie de confrontation en continu ? Est ce une acceptation de rôle symbolique, une ambiguïté politique ou une simple opportunité personnelle ? La réponse mérite d’être interrogée. Du côté algérien, l’opération apparaît expressément calculée. En politique internationale, rien n’est gratuit. Une décoration est un instrument d’image, une tentative de réhabilitation symbolique. Alger semble chercher à multiplier les appuis visibles: figures internationales, médias, cérémonies, pour contester l’isolation d’un discours diplomatique en perte de vitesse. Le choix de Ban Ki‑moon, compte tenu de son passé à l’ONU et des tensions passées avec Rabat, n’a donc rien d’innocent. Il alimente plutôt l’idée d’une proximité politique ou idéologique que certains observateurs murmuraient déjà. Cette séquence éclaire surtout une faiblesse stratégique : une diplomatie davantage tournée vers la mise en scène que vers la résolution concrète des crises. Tandis que le Maroc consolide ses partenariats, développe ses provinces du Sud et engrange des reconnaissances internationales de sa souveraineté, Alger paraît investir dans les symboles et les opérations d’images, pratiques héritées d’une époque où l’influence se mesurait en protocoles et en grandes déclarations et peu dans les actes. Or le monde a changé. Les opinions publiques et les gouvernements jugent désormais les États sur leur capacité à construire, stabiliser et produire de la prospérité, non sur leur aptitude à distribuer des décorations. La stratégie algérienne, fondée sur la recyclage d’anciens acteurs internationaux et la recherche d’un vernis diplomatique, paraît désuète face à des enjeux de développement concret et d’intégration régionale. Reste la question la plus aiguë : pourquoi maintenant ? Pourquoi Tebboune honore‑t‑il Ban Ki‑moon à cet instant précis: relance d’un narratif diplomatique, signal au Maroc, message à l’ONU, ou simple opération d’image domestique destinée à masquer des difficultés internes ? L’hypothèse la plus probable est qu’il s’agit d’un mélange des trois, une tentative d’affichage international pour compenser un déficit d’influence réelle. Quoi qu’il en soit, ces gestes symboliques ne favorisent ni la paix en Afrique du Nord, ni l’émergence d’un avenir commun dans la région. Pire, ils risquent d’entériner une polarisation stérile : une diplomatie de scène face à une diplomatie d’action. Et c’est peut‑être là, en définitive, ce qu’il y a de plus préoccupant. Alger ne semble pas évoluer quoiqu'acculée à le faire compte tenu de la pression internationale. Elle reste fidèle à son attentisme et son manque d'initiative et va se cacher derrière des symboles; ici une décoration qui a plutôt le gout de la récompense tardive, mais récompense quand même. Ban Ki Moon montre ici qu'il n'était pas neutre dans l'affaire du Sahara... Reste à savoir à qui la prochaine décoration?

Mondial 2026: la souveraineté reprend ses droits légitimes... 292

Il y a quelques jours, je signais un article que j'avais intitulé « Mondial 2026 : quand les États rappellent à la FIFA qui commande réellement ». J'y ai tenté d'expliquer pourquoi les lois souveraines d'un pays ne peuvent être transgressées par les règlements d'une association internationale. La souveraineté et la sécurité sont les attributs des États et uniquement des États. Le fait que les États‑Unis, en l'occurrence, n'aient pas accepté sur leur sol des personnes censées participer à la Coupe du Monde de la FIFA relève de la seule appréciation de ce pays. Le président Infantino, impuissant, va acquiescer et se contenter de reconnaître la suprématie des lois internes américaines. Il lui faudra s'en souvenir si, en 2030, l'Espagne, le Portugal ou le Maroc venaient à imposer des visas spécifiques ou des quotas aux ressortissants de certains pays, ou à refuser l'accès à leur territoire à certains individus. Cette fois‑ci, j'ai été tenté d'intituler celui‑ci : « Quand les États‑Unis rappellent à la FIFA qu'elle n'est qu'une association ». J'ai opté en fin de compte pour le titre que vous avez en haut du texte. C'est que dans les fait et finalement, cette édition de la Coupe du Monde de Football aura été celle de la remise en question de principes, d'usages et d'habitudes longtemps considérés comme définitifs et non négociables. Depuis des années, la FIFA s'est habituée à imposer ses conditions aux pays organisateurs des grandes compétitions : exonérations fiscales, régimes juridiques d'exception, privilèges administratifs, facilités douanières. Quasi systématiquement, les États candidats à l'organisation d'une Coupe du Monde acceptaient souvent de mettre entre parenthèses une partie de leur souveraineté pour satisfaire les exigences de Zurich. Mais voilà que les États‑Unis viennent de rappeler une vérité fondamentale : aucune association privée, aussi puissante soit‑elle, n'est au‑dessus des lois d'un État souverain. Les signaux se sont multipliés ces dernières semaines : l'affaire de l'arbitre somalien refoulé, les difficultés rencontrées par certaines délégations pour l'obtention de visas, les restrictions visant des supporters de plusieurs nationalités, les limites de déplacements et de séjours imposés aux iraniens et les joueurs sénégalais confrontés aux rigueurs de la législation américaine en matière d'immigration et de contrôle des frontières. À chaque fois, le même constat s'impose : les lois américaines prévalent sur les règlements de la FIFA. Aujourd'hui, un nouvel épisode confirme cette réalité. La FIFA devra, aux États‑Unis, payer des taxes et des impôts sur les revenus générés lors de la Coupe du Monde 2026. Une petite révolution. Jusqu'à présent, la FIFA exigeait généralement des pays hôtes une exonération quasi totale de ses recettes. Les milliards de dollars générés par les droits télévisés, le marketing, les partenariats et les produits dérivés étaient largement préservés de toute contribution fiscale nationale avant d'être transférés vers les comptes de l'organisation en Suisse. Cette fois, le scénario est différent, et il faut mesurer la portée symbolique de cette décision. Elle signifie que les États‑Unis considèrent que la FIFA n'est ni une organisation internationale ni une institution supranationale, mais simplement une association de droit privé venue exercer une activité économique sur le territoire américain. Même Gianni Infantino, dont l'accession à la présidence de la FIFA doit beaucoup aux équilibres géopolitiques ayant favorisé sa candidature, découvre les limites de son pouvoir face à l'administration américaine et à la volonté politique du président Donald Trump. Le message est limpide : les lois américaines ne se négocient pas. Cette leçon mérite d'être méditée par les futurs pays organisateurs, notamment le Maroc, qui accueillera avec l'Espagne et le Portugal la Coupe du Monde 2030. Pourquoi un État souverain devrait‑il renoncer à des recettes fiscales légitimes au profit d'une organisation déjà parmi les plus riches de la planète ? Je ne sais pas où en sont les négociations avec la FIFA pour 2030, mais voilà que les États‑Unis nous ouvrent les yeux et interpellent les décideurs en Espagne, au Portugal et au Maroc sur la question de droits à accorder ou pas à FIFA. Les entreprises marocaines, les commerçants marocains, les salariés marocains et les contribuables marocains s'acquittent bien de leurs obligations fiscales. La FIFA en serait elle dispensée alors qu'elle sera là pour exercer une activité économique rentable? La question mérite d'être posée sans détour. Lorsqu'une activité économique génère des revenus sur le territoire marocain, elle doit contribuer au financement des infrastructures, des services publics et des investissements qui rendent précisément possible l'organisation d'un événement de cette ampleur. C'est le fondement même du contrat social. L'exemple américain rappelle ainsi un principe démocratique essentiel : les règlements internes d'une fédération sportive internationale ne peuvent jamais primer sur les lois votées par un parlement représentant la volonté populaire. Depuis trop longtemps, certaines organisations sportives internationales ont cultivé l'idée qu'elles constituaient une sorte d'autorité supérieure, capable d'imposer ses normes aux États. Les États‑Unis viennent de démontrer le contraire. La Coupe du Monde appartient à la FIFA. La souveraineté appartient aux nations. Et si les deux entraient en collision, ce sont les lois nationales qui doivent l'emporter. C'est peut‑être la plus importante leçon politique que nous livre déjà le Mondial 2026.

Coupe du monde : quand les États rappellent à la FIFA qui commande réellement... 360

Depuis quelques jours, avec l’arrivée progressive des délégations aux États‑Unis, au Mexique et au Canada pour la Coupe du monde 2026, une partie de l’opinion internationale semble découvrir une réalité pourtant ancienne : la primauté des lois nationales sur les règlements des instances sportives internationales. Le traitement réservé récemment à certaines délégations africaines, moyen‑orientales et autres suscite indignation, débats et parfois accusations de discrimination. Pourtant, rien de tout cela n’est véritablement nouveau. Ceux qui connaissent l’histoire du sport international savent que les grandes puissances occidentales n’ont jamais abandonné leur souveraineté en matière de sécurité au profit des fédérations et instances sportives internationales. L’histoire du sport marocain regorge d’exemples révélateurs. Dès 1984, la délégation marocaine aux Jeux olympiques de Los Angeles avait passé des heures bloquée l'aéroport américain en raison des procédures sécuritaires. Aux Jeux de Sydney, des sportifs, dirigeants et accompagnateurs marocains avaient subi des contrôles particulièrement rigoureux après plus de vingt‑quatre heures de voyage : fouilles interminables, interrogatoires, bagages inspectés dans les moindres détails. Les grandes puissances appliquent leurs lois avec froideur, sans se soucier du prestige supposé des compétitions. Les corridors prétendument mis en place pour accélérer les procédures sont en réalité de véritables sas de sécurité, poussée à l'extrême. Les passagers arrivés sur les mêmes vols que les sportifs franchissent la frontière bien plus rapidement. Être sportif qualifié pour une compétition internationale ne donne pas droit à un traitement de faveur. Djokovic s'est vu refuser l'accès au territoire australien parce qu'il n'était pas vacciné. Il était bien le numéro un mondial de l'ATP et les tournoi australien en avait bien besoin pour plus d'une raison. La réalité est simple : aucun État sérieux n’abandonne sa sécurité nationale à la FIFA, au CIO ou à une quelconque organisation sportive. Il est légitime qu’un pays hôte applique ses propres lois avec une vigilance accrue lorsqu’il reçoit des centaines de milliers de personnes venues du monde entier. Le risque zéro n’existe pas. Les grands rassemblements sportifs constituent des cibles potentielles pour toutes sortes de menaces. Dans ce contexte, les réactions outrées paraissent souvent déconnectées des réalités géopolitiques. L’arbitre somalien refoulé de l'aéroport de Miami malgré son visa, demeure avant tout ressortissant d’un pays soumis à des restrictions particulières d’entrée sur le territoire américain. Les joueurs iraniens représentent un État en confrontation ouverte avec Washington, et l’on sait que les délégations sportives de certains régimes sont souvent étroitement encadrées par leurs appareils sécuritaires ou diplomatiques. En 2022, les États‑Unis avaient organisé les championnats du monde d’athlétisme à Eugene, temple de cette discipline en Amérique du Nord. Des athlètes de plus de vingt pays africains n’avaient pas pu obtenir de visas pour y prendre part. Le président de la Confédération africaine d’athlétisme, pourtant membre de World Athletics, n’avait pu se rendre aux États‑Unis. Les lois américaines avaient prévalu sur les petites règles de la fédération internationale, (World Athletics) qui soit disant font obligation au pays hôte d'accepter l'ensemble des athlètes qualifiés et leurs accompagnateurs sur son territoire. Il ne s’agit ni de racisme automatique ni d’hostilité gratuite. Il s’agit d’abord de logique étatique, de souveraineté et de sécurité. Le véritable problème se situe ailleurs. Il réside dans l’attitude de certains pays du « tiers‑monde » qui continuent à considérer les cahiers des charges des grandes instances sportives comme une parole sacrée et indiscutable. Dans de nombreux pays en développement, la FIFA, le CIO et d’autres fédérations imposent des exigences parfois absurdes en matière d’architecture, de luxe, d’aménagement urbain ou d’organisation sécuritaire, sans que les autorités locales n’osent réellement les remettre en question. Qu’il est ridicule de voir certains membres de la FIFA ou du CIO pour ne citer que les plus en vue, à la compétence parfois douteuse, inspecter avec une arrogance insupportable des hôtels, des aéroports, des hôpitaux, des bus, et même des toilettes publiques. Or ces organisations ne sont pas des gouvernements mondiaux. Elles ne disposent d’aucune légitimité démocratique supérieure à celle des États. Leurs règlements ne peuvent primer sur des lois votées par des parlements souverains et appliquées par des institutions nationales responsables devant leurs peuples. La mission normale d’une fédération sportive continentale ou mondiale devrait se limiter au technique, au règlement du jeu et à l’organisation sportive elle‑même. Dès lors qu’elle prétend dicter des politiques sécuritaires, des choix architecturaux, des dépenses somptuaires ou des orientations urbaines à des États souverains, elle sort clairement de son champ de compétence. La Coupe du monde 2026 rappelle peut‑être une vérité essentielle que beaucoup avaient oubliée : ce ne sont pas les États qui appartiennent à la FIFA, mais la FIFA qui dépend des États. Que serait le football sans les budgets colossaux que les gouvernements y consacrent, parfois au détriment d’autres secteurs sans doute plus prioritaires ? Or cette même FIFA, dès qu’un gouvernement veut mettre de l’ordre dans son football, lui fait parfois la guerre. Il faut peut‑être remercier les États‑Unis, le Mexique et le Canada d’avoir rappelé à tous la véritable dimension de cette compétition : une grande fête sportive, certes, mais pas une autorité supranationale capable d’effacer les lois, les frontières et la souveraineté des nations. Celui qui fantasme une Coupe du monde de caprices et de passe‑droits n’a ici qu’à s’abstenir. À bon entendeur, salut.

Amine Benaballah à la tête de la Cour constitutionnelle : la pédagogie du droit au service des citoyens 406

La nomination de Si Amine Benaballah par Sa Majesté le Roi à la présidence de la Cour constitutionnelle intervient à un moment particulièrement important dans l’évolution institutionnelle et démocratique du Maroc. Juriste reconnu, universitaire respecté et homme de dialogue, il incarne une vision moderne du droit constitutionnel : un droit qui ne doit pas rester enfermé dans les amphithéâtres ou les textes, mais devenir un instrument concret de protection des citoyens et de consolidation de l’État de droit. Dans une interview accordée à Médias24 Si Amine Benaballah est revenu avec beaucoup de pédagogie sur les missions de la Cour constitutionnelle, ses prérogatives, mais aussi ses limites. Une intervention importante tant le sujet demeure souvent complexe pour le grand public. Au cœur de cet échange figure notamment le chantier majeur de « l’exception d’inconstitutionnalité », un mécanisme nouveau dans l’arsenal juridique marocain. Derrière cette expression technique se cache en réalité une avancée démocratique fondamentale. Désormais, un citoyen impliqué dans une procédure judiciaire pourra contester une loi qu’il estime contraire à la Constitution et portant atteinte à ses droits ou libertés garantis par celle-ci. Cette évolution change profondément la relation entre le citoyen et la norme juridique. La Constitution cesse d’être uniquement un texte de référence pour devenir un véritable bouclier juridique mobilisable dans la vie quotidienne. Elle entre ainsi dans les tribunaux, dans les débats judiciaires et, surtout, dans la conscience citoyenne. Si Amine Benaballah a eu le mérite d’expliquer cette transformation avec des mots simples, loin du jargon souvent hermétique du droit constitutionnel. Il a rappelé que la Cour constitutionnelle n’est ni un acteur politique ni une institution de confrontation. Elle est avant tout une institution d’arbitrage juridique, garante du respect de la Constitution, de l’équilibre des pouvoirs et de la protection des droits fondamentaux. Son rôle est essentiel dans toute démocratie moderne. Elle veille à ce que les lois votées soient conformes aux principes constitutionnels, contrôle la régularité de certaines consultations électorales et participe à la stabilité institutionnelle du pays. Mais elle agit également dans un cadre strictement défini par la Constitution, ce qui rappelle une donnée essentielle : dans un État de droit, même les institutions les plus importantes ont des limites clairement établies. L’intérêt majeur de cette interview réside justement dans cette volonté de démystifier la Cour constitutionnelle. Trop souvent, les institutions juridiques apparaissent lointaines, abstraites et réservées aux spécialistes. Or, la maturité démocratique d’une nation passe aussi par la compréhension de ses institutions par les citoyens eux-mêmes. Le Maroc poursuit depuis plusieurs années une évolution progressive de son architecture institutionnelle. La Constitution de 2011 a ouvert de nouvelles perspectives en matière de droits, de libertés et d’équilibre des pouvoirs. Le développement du mécanisme de l’exception d’inconstitutionnalité s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Il traduit une volonté de renforcer les garanties offertes aux citoyens et d’ancrer davantage la culture constitutionnelle dans la société. La nomination de Si Amine Benaballah prend donc une dimension symbolique forte. Au-delà du juriste, c’est aussi une certaine conception du droit qui est mise en avant : un droit accessible, intelligible et au service de la stabilité démocratique. Dans une époque marquée partout dans le monde par la montée des tensions institutionnelles, des populismes et des remises en cause des équilibres démocratiques, le rôle des juridictions constitutionnelles devient central. Elles constituent souvent le dernier rempart contre l’arbitraire et l’affaiblissement des libertés publiques. Le Maroc semble ainsi confirmer son choix d’une évolution institutionnelle graduelle, fondée sur le renforcement des mécanismes juridiques et la consolidation des garanties constitutionnelles. Et dans ce processus, la pédagogie, la clarté et la proximité dont a fait preuve Si Amine Benaballah dans cette interview sont probablement aussi importantes que les textes eux-mêmes. Cette capacité et cette humilité exceptionnelles, Si Amine les tient de son passé de sportif de haut niveau. Il a pratiqué la natation au sein de l'Olympique Marocain, un club mythique de Rabat.

l'espion et la monarchie: Fantasmes postcoloniaux ou l’espion qui effraie… les rédactions 368

« Au Maroc, l'espion de Mohamed VI qui inquiète le palais », mieux encore: «Au Maroc, la guerre secrète des espions de Mohammed VI: il y a une atmosphère de fin de règne » Rien que les titres suffisent à faire sourire. Ou plutôt à déclencher un éclat de rire. Des manchettes outrancières dont une certaine presse française raffole lorsqu’il s’agit du Royaume du Maroc : militante, idéologisée, nostalgique d’un temps où Paris croyait encore pouvoir distribuer des certificats de légitimité aux nations souveraines. Il y a quelque chose de presque pathétique dans cette obsession. Dès qu’un obscur fonctionnaire, un ancien agent ou un subalterne en rupture de ban apparaît quelque part entre Madrid, Paris ou Bruxelles, certains journaux se mettent immédiatement à fantasmer une monarchie marocaine vacillante, un palais inquiet, un royaume au bord du séisme. Comme si l’État marocain, millénaire dans ses racines, pouvait être ébranlé par les errances d’un homme en fuite. Il faut vraiment très mal connaître le Maroc pour imaginer cela ou peut être être mal intentionné et profondément atteint d'un véritable syndrome anti monarchique. Le Royaume a traversé des guerres, des complots, des tentatives de coup d’État, des crises régionales majeures, le terrorisme, les bouleversements géopolitiques du Maghreb et du Sahel, et l’affaire du Sahara montée de toutes pièces par un voisin mal inspiré. Et l’on voudrait aujourd’hui faire croire qu’un agent en cavale pourrait « inquiéter le roi » ? Nous ne sommes plus dans le journalisme ; nous sommes dans le roman de gare. Ce qui transparaît surtout, derrière ce genre de titre, c’est une vieille fascination française pour la monarchie marocaine. Une fascination centenaire, mêlée d’incompréhension et souvent d’envie. Et il y a de quoi : le Royaume du Maroc est envoûtant, passionnant. Il l’a été et le sera à jamais. Sa monarchie est millénaire. Avec celles du Japon et de Grande-Bretagne, elle exerce une fascination irrépressible partout dans le monde et beaucoup en France. La France, elle, a décapité son roi dans un excès de zèle invraisemblable, maquillé en révolution du peuple; un récit inventé de toutes pièces auquel, en réalité, personne ne croit totalement. Elle passa des siècles à chercher des figures de remplacement : empereurs, présidents providentiels, hommes forts, monarchies républicaines déguisées. Ce pays est profondément monarchique. Pendant ce temps, la monarchie marocaine est restée debout, enracinée, respectée et profondément liée à l’histoire du pays. Une monarchie voulue, de manière presque fusionnelle, par tout un peuple. Le Maroc est le plus ancien État-nation durable au monde. Cela dérange certains milieux idéologiques français qui rêvent de voir partout la chute des institutions traditionnelles, surtout lorsqu’elles fonctionnent encore et conservent l’adhésion populaire. Une certaine nostalgie ressurgit à l’occasion. Le plus cocasse reste la tendance de cette presse, depuis longtemps déjà, à transformer chaque affaire secondaire en « scandale d’État ». Un individu fuit ? Cela devient immédiatement « le séisme du palais ». Un livre hostile paraît ? On annonce « la fin du régime ». Un influenceur publie une vidéo ? Certains y voient déjà une révolution imminente. Le malheur est que cette presse ne recule devant rien, pas même devant le chantage au Royaume, quitte à se faire surprendre la main dans le sac. Pendant ce temps, le Maroc avance. Le pays construit ses infrastructures, développe ses industries, investit massivement dans les énergies renouvelables, prépare la Coupe du Monde 2030, renforce sa présence diplomatique en Afrique et consolide ses partenariats stratégiques avec les grandes puissances mondiales, y compris la France. Le pays a des institutions solides qu'il fait progresser et évoluer à son rythme au service de son peuple. Mais tout cela intéresse moins certains rédacteurs que la mise en scène grotesque d’un pseudo‑« espion » censé faire trembler Rabat. Il y a, dans cette affaire, un mélange de méconnaissance, d’arrogance et de fantasme postcolonial : comme si le Maroc devait éternellement être regardé à travers le prisme des intrigues orientales, des palais obscurs et des récits sensationnalistes destinés à nourrir un lectorat de moins en moins nombreux, avide de clichés. La réalité est beaucoup plus simple : les États sérieux ne s’effondrent pas parce qu’un agent déserte, parle ou fuit. Sinon aucune puissance au monde ne survivrait longtemps. Sa Majesté le ROI Mohammed VI n’a certainement pas attendu des éditorialistes français en mal de sensation pour comprendre que services, rivalités et trahisons existent dans tous les pays du monde. La différence, c’est qu’au Maroc l’État continue de fonctionner pendant que d’autres fabriquent des titres tapageurs pour masquer le vide de leur réflexion. Vous l'avez compris j'ai parlé des errances de "Libération" et de "l'express", deux journaux français, d'une gauche en dérive, que la prochaine visite d'Etat du souverain marocain à Paris et les accords historiques qui seront signés à l'occasion dérangent beaucoup. Les relations entre les deux pays ont franchi un pas et seront encore plus solides que jamais n'en déplaise et une certaines presse et ses probables sponsors.

De Mistura à Alger : clap de fin d’un récit ? 406

Le passage furtif de l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, Staffan de Mistura, par Alger puis Tindouf n’avait rien d’une simple visite protocolaire. Derrière les communiqués convenus et les sourires diplomatiques, cette tournée révèle surtout une réalité géopolitique de plus en plus difficile à masquer : le régime algérien se retrouve aujourd’hui acculé par l’évolution du rapport de forces international sur le dossier du Sahara. La visite est d’abord symbolique par son timing. Première tournée notable depuis 2025, elle intervient dans un contexte totalement différent de celui des décennies précédentes. Pendant longtemps, Alger avait réussi à imposer son narratif dans cette histoire, celui d’un prétendu conflit de décolonisation opposant un “peuple sahraoui” au Maroc; qu'elle qualifie d’occupant. Or ce récit s’effondre progressivement sous le poids des réalités diplomatiques, historiques et géostratégiques. Il ne faut pas oublier que la visite suit les rencontres de Madrid et de Washington, où les quatre pays concernés, y compris l’Algérie bien sur, se sont retrouvés assis à la même table, sous l’égide des États-Unis. L’administration Trump veut en finir rapidement avec ce conflit artificiel et passer à autre chose. À Tindouf, De Mistura s’est rendu dans des camps maintenus depuis près d’un demi-siècle en dehors des normes internationales du droit des réfugiés, une anomalie unique au monde. Les populations qui y vivent n’ont jamais été recensées malgré les demandes répétées du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Pourquoi ce refus permanent du recensement ? Parce qu’il dévoilerait une vérité embarrassante pour Alger : la diversité des origines des habitants des camps et l’instrumentalisation politique qui en est faite. Parmi ces populations cohabitent une minorité de séparatistes convaincus, des familles séquestrées depuis des décennies, mais aussi des individus venus de Mauritanie, du Sahel et même de certaines régions d’Algérie. Le maintien du flou démographique a toujours été un outil stratégique pour Alger afin d’amplifier artificiellement la dimension humaine et politique du conflit. Aujourd’hui, toutefois, le contexte international a changé. Le principal tournant est évidemment américain. Depuis la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur son Sahara, la diplomatie mondiale a progressivement adopté une nouvelle grille de lecture. Cette reconnaissance n’était pas un simple geste de l’administration Trump. Elle est devenue un fait géopolitique durable, consolidé par la continuité stratégique américaine et par l’adhésion croissante de plusieurs puissances internationales au plan marocain d’autonomie. C’est précisément là que la posture algérienne devient extrêmement difficile. Cela explique l'incohérence des positions et du discours récent du président et du premier diplomate algérien. Le soutien au Front Polisario n’a jamais été un simple dossier diplomatique pour Alger. Il constitue à aujourd’hui l’un des piliers fondateurs de toute la politique du pays. Depuis les années 1970, peut être même depuis la création du pays le 5 juillet 1962, le pouvoir algérien a construit une partie de sa légitimité régionale et idéologique sur une opposition farouche au Royaume du Maroc, parfois sournoise, parfois manifeste et déclarée, notamment depuis l’avènement du tandem Chengriha–Tebboune. Le conflit du Sahara est pour le pouvoir algérien une rente politique interne, un instrument de mobilisation nationaliste et un levier géostratégique dans la rivalité avec Rabat. Abandonner ce dossier reviendrait donc pour le régime à reconnaître cinquante années d’erreurs stratégiques, d’investissements financiers colossaux et de manipulations diplomatiques. Plus grave encore : cela signifierait l’effondrement d’un discours historique qui a longtemps servi de ciment au pouvoir militaire algérien. Or, Washington pousse désormais vers une solution réaliste, pragmatique et définitive. Cette solution a un nom précis: l’autonomie sous souveraineté marocaine. Face à cette nouvelle réalité, Alger apparaît sans véritable marge de manœuvre. Son discours officiel continue d’affirmer qu’elle « n’est pas partie au conflit », alors même que tout démontre le contraire: financement, armement, encadrement diplomatique, contrôle politique des camps et désignation directe des dirigeants du Polisario. Le monde entier le sait. Cette contradiction devient de plus en plus difficile à défendre devant la communauté internationale. Pendant ce temps, le Maroc engrange succès après l'autre. Sur le plan diplomatique, l’ouverture massive de consulats dans les provinces du Sud et l’élargissement constant du soutien international au plan d’autonomie témoignent d’un succès croissant. Sur le plan économique, Laâyoune et Dakhla se transforment en pôles d’investissement et de connexion africaine. Sur le plan sécuritaire, le Royaume s’impose comme un partenaire crédible et stable face aux turbulences sahéliennes. Le contraste est saisissant. D’un côté, un Maroc qui construit, investit, sécurise et projette une vision stratégique continentale. De l’autre, une Algérie enfermée dans une logique de confrontation héritée de la guerre froide, alors même qu’elle traverse des fragilités économiques, sociales et géopolitiques de plus en plus visibles. La visite de De Mistura illustre ainsi moins une relance du processus politique qu’une phase de transition historique. Le temps joue désormais clairement en faveur du Maroc. Les équilibres internationaux ont évolué. Les grandes puissances privilégient aujourd’hui la stabilité régionale, la lutte contre le terrorisme et les partenariats économiques concrets plutôt que les vieux schémas idéologiques. La communauté internationale est plus convaincue que jamais qu’Alger n’a, depuis le début, rien proposé d’autre que le cafouillage permanent. La véritable question n’est donc plus de savoir si le dossier du Sahara évoluera vers une solution sous souveraineté marocaine, mais à quel moment Alger acceptera cette réalité et comment le régime algérien gérera politiquement cet immense recul stratégique. C’est là tout le drame du pouvoir algérien. Il lui devient presque impossible de sortir d’un conflit qu’il a lui-même érigé en fondement identitaire et diplomatique pendant près d’un demi-siècle, sauf au prix de changements radicaux à tous les niveaux, et notamment au sommet de l’appareil militaire. Il faudra sacrifier toute une génération qui n’a connu qu’une doctrine unique: alimenter un conflit artificiel et faire du Maroc l’ennemi classique, l'ennemi éternel. Malheureusement pour Alger, il est évident aujourd’hui que cet ennemi imaginaire a bel et bien définitivement gagné la partie. La visite du sieur Staffan de Mistura risque bien d'être la dernière du genre dans la région... Le clap de fin est imminent.

Baccalauréat: le révélateur brutal de nos fragilités collectives 493

Chaque session du baccalauréat nous renvoie à la face ce que nous sommes réellement. Les 500 000 candidats qui se sont présentés cette année n’ont pas dérogé à une règle devenue presque une constante nationale: le bac n’est plus uniquement un examen scolaire, il est devenu un révélateur social, civique et moral. Comme chaque année, les autorités ont mobilisé des moyens considérables pour sécuriser les épreuves : brouillage des communications, surveillance renforcée, contrôles numériques, sanctions exemplaires, campagnes de sensibilisation. L’arsenal est impressionnant. Pourtant, malgré tout cela, la fraude persiste. Elle change de forme, s’adapte, contourne les dispositifs et finit toujours par réapparaître. Une démonstration grandeur nature du gendarme qui accuse souvent, voire toujours, un certain retard sur le voleur. Cette réalité pose une question fondamentale: le problème est-il réellement technique ou profondément sociétal ? La fraude massive, car c’est bien de cela qu’il s’agit, n’est jamais un simple acte individuel. Elle traduit une culture: une manière de considérer la réussite non comme le fruit d’un effort, mais comme un résultat à obtenir par n’importe quel moyen, fût‑il malhonnête. Elle révèle une relation abîmée au mérite, au travail, à l’éthique et à la responsabilité. Plus grave encore, les déclarations de nombreux candidats à la sortie des examens interpellent: difficultés majeures de compréhension, pauvreté de l’expression, faiblesse du raisonnement, incapacité parfois à maîtriser des notions élémentaires après douze années de scolarité, sujets pauvrement ou simplement mal formulés. Le constat devient douloureux. Quel gâchis. Et il ne s’agit pas ici de stigmatiser une jeunesse qui, au fond, est la première victime du système. Ces jeunes ne sont pas nés avec des carences intellectuelles; ils sont le produit d’un environnement éducatif, culturel et social qui les a progressivement fragilisés. Le problème dépasse largement la seule école. Le bac révèle d’abord les fractures profondes de notre système éducatif: une école publique souvent épuisée, des programmes souvent déconnectés des réalités contemporaines, une pédagogie encore trop fondée sur la mémorisation mécanique plutôt que sur l’esprit critique, des enseignants sous pression ou parfois incompétents, des inégalités territoriales criantes entre villes et campagnes, entre établissements d’élite et écoles abandonnées. Le bac dévoile aussi quelque chose de plus profond: l’effondrement progressif de certains repères civiques et partant de certaine valeurs morales. Comment demander à un élève de respecter les règles de l’examen lorsqu’il grandit dans un environnement où il observe quotidiennement le contournement des règles dans tant de domaines ? Individus et collectivité ont un rapport ambigu avec la loi et les règles. Ils craignent la loi sans nécessairement la respecter. Comment inculquer la culture du mérite dans une société où beaucoup pensent que les réseaux, les passe-droits ou la ruse comptent davantage que l’effort ? Autrefois, les enfants travaillaient l’été: une éducation à l’effort et au mérite encouragée par les parents ; aujourd’hui, cette pratique a largement disparu. Comment convaincre un adolescent que la triche est immorale lorsque l’espace public banalise parfois la fraude, l’incivilité ou l’absence de responsabilité collective ? L’école ne peut, à elle seule, réparer ce que la société produit. Il existe également un malaise plus silencieux: notre rapport à la réussite scolaire. Le baccalauréat est devenu une obsession nationale. Une pression gigantesque repose sur des adolescents de dix‑sept ou dix‑huit ans. Pour beaucoup de familles, le bac représente bien plus qu’un diplôme. Il devient une question d’honneur social, de survie économique ou de reconnaissance familiale. Dans un tel contexte, certains finissent par considérer que le résultat importe davantage que le chemin emprunté pour y parvenir. Le phénomène n’est évidemment pas exclusivement marocain. La fraude scolaire existe partout dans le monde. Mais les grandes nations éducatives ont compris une chose essentielle: la qualité d’un système ne se mesure pas seulement au taux de réussite, mais à la valeur réelle des compétences acquises. Or c’est précisément là que réside notre inquiétude. Derrière les statistiques officielles se cache une interrogation plus grave. Formons‑nous réellement des citoyens capables de réfléchir, d’innover, de produire, de débattre, de créer et de porter le développement du pays ? Ou sommes‑nous en train de fabriquer des générations anxieuses, fragilisées, exigeantes sans contrepartie et souvent déconnectées des exigences du monde moderne ? Le véritable défi marocain n’est donc pas uniquement d’empêcher les téléphones d’entrer dans les salles d’examen. Le défi est de reconstruire une culture du savoir, de l’effort et de la responsabilité. Cela suppose plusieurs ruptures majeures. D’abord, revaloriser l’enseignant. Aucun système éducatif au monde ne réussit lorsque ceux qui transmettent le savoir perdent leur prestige social, leur autorité morale ou des conditions de travail dignes. Ensuite, réformer profondément les méthodes pédagogiques. Le monde a changé: les élèves ont désormais accès à l’information partout et immédiatement. L’école ne peut plus être un simple lieu de récitation ; elle doit devenir un espace d’intelligence, de créativité, de débat et de construction du raisonnement. Il faut également réhabiliter l’éducation civique, non comme une matière secondaire apprise mécaniquement, mais comme une culture quotidienne du respect des règles, du bien commun et de la responsabilité individuelle. Enfin, il faut avoir le courage d’affirmer que le baccalauréat ne peut pas être l’unique horizon de la réussite. Une nation moderne valorise aussi la formation professionnelle, les métiers techniques, les compétences pratiques et l’intelligence manuelle. Tous les jeunes ne sont pas destinés au même parcours académique, et il n’y a aucune honte à cela. Le plus inquiétant serait enfin de considérer ces scènes annuelles comme normales : de s’habituer à la fraude, aux insuffisances et aux mêmes débats répétitifs chaque année. Une société qui banalise ses échecs finit par perdre sa capacité à se réformer. Le baccalauréat marocain reste cependant une formidable opportunité : celle de regarder la réalité en face, sans complaisance mais sans fatalisme. Les solutions existent. Elles demandent du courage politique, de la cohérence éducative et surtout une volonté collective de remettre le mérite, le savoir et la citoyenneté au centre du projet national. Voilà un vaste programme pour le prochain exécutif mais nos partis sont ils capables d'en débattre courageusement? Sinon, l’année prochaine, nous assisterons exactement au même spectacle : mêmes indignations, mêmes fraudes, mêmes faiblesses… les mêmes parents et élèves qui se plaignent, les mêmes sujets parfois ridicules et les mêmes regrets.

La Résolution 2797 , une épreuve de vérité pour l’Algérie... 431

La résolution 2797 du Conseil de sécurité a incontestablement marqué un tournant dans le dossier dit du Sahara. Le plan d’autonomie marocain n’est plus simplement qualifié de « sérieux et crédible » comme dans les résolutions précédentes ; il devient le cadre central autour duquel la communauté internationale souhaite désormais organiser la solution politique. Ce basculement diplomatique n’est pas anodin. Il signifie que cinquante ans de stratégie algérienne autour du Polisario arrivent à une impasse historique. Lors d’une récente intervention, le ministre algérien des Affaires étrangères a tenté d’introduire un récit quasi nouveau : celui d’une Algérie pacifique, attachée au dialogue et aux négociations, tout en esquivant la responsabilité essentielle de son pays dans ce conflit artificiel. Cette nouvelle narration surprend au regard de l’histoire réelle des relations maroco‑algériennes depuis l’indépendance de l’Algérie. Pendant plus d’un demi‑siècle, le Maroc a vécu sous une pression sécuritaire permanente à ses frontières orientales, contraint de consacrer une part considérable de ses ressources à sa défense au détriment de nombreux secteurs. Le conflit du Sahara n’a jamais été une simple opposition entre Rabat et le Polisario, comme le prétend Attaf. Dans toutes les capitales du monde, on sait que le Polisario n’existerait ni militairement, ni diplomatiquement, ni financièrement sans le soutien massif de l’Algérie. Les camps de Tindouf se trouvent sur le sol algérien, l’armement provient historiquement d’Alger et la diplomatie algérienne a fait de ce dossier l’axe central de sa politique étrangère depuis les années 1970. Les résolutions onusiennes récentes reconnaissent implicitement le rôle déterminant de l’Algérie dans ce conflit en l’associant directement au processus politique. L’histoire des relations entre les deux pays explique largement la défiance qui doit animer le Maroc. Dès l’indépendance algérienne, les tensions frontalières apparaissent rapidement malgré le soutien considérable accordé auparavant par le Maroc à la lutte anticoloniale algérienne. Le territoire marocain avait servi de base arrière au FLN ; les dirigeants algériens y trouvaient refuge, financement et soutien logistique. Pourtant, à peine indépendante, l’Algérie, placée dans la mouvance des régimes militaires arabes, provoque la guerre des Sables en 1963 contre le Maroc. La logique de confrontation est alors durablement installée et la rivalité devient structurelle. Le régime algérien, construit autour du pouvoir militaire, cherche à s’imposer comme puissance régionale dominante au Maghreb et en Afrique. Dans cette logique, le Maroc apparaît comme un concurrent historique et stratégique à contenir. Le Sahara devient alors le levier idéal : un conflit coûteux et interminable est activé pour user le Maroc économiquement, diplomatiquement et militairement. Pendant des décennies, Alger a investi des milliards de dollars dans cette confrontation. D’importantes ressources issues des hydrocarbures ont été mobilisées pour financer une guerre diplomatique mondiale, armer le Polisario, obtenir des soutiens politiques et maintenir un appareil de propagande coûteux. Pendant ce temps, les peuples d’Afrique du Nord ont payé le prix de cette fracture : frontières fermées, intégration économique en panne et échanges paralysés. La résolution 2797 change donc profondément les paramètres du dossier. Le Conseil de sécurité considère désormais l’autonomie marocaine comme « la solution la plus réaliste et viable ». Les grandes puissances occidentales soutiennent explicitement cette orientation. Même les abstentions russe et chinoise traduisent une évolution importante : aucune grande puissance n’a voulu s’opposer frontalement à cette nouvelle dynamique. La résolution constitue surtout un basculement diplomatique et stratégique majeur qui place désormais le plan marocain au centre du processus politique. Pour le Maroc, cette évolution représente une victoire diplomatique considérable obtenue après des décennies d’efforts et de patience. Le Royaume a multiplié les partenariats économiques africains, renforcé ses alliances occidentales et développé les provinces du Sud à grande vitesse. Routes, ports, investissements énergétiques, infrastructures sportives et projets industriels ont transformé la région. Cette dynamique a progressivement convaincu de nombreux États que la stabilité régionale passe désormais par une solution pragmatique fondée sur la souveraineté marocaine. L’Algérie, elle, semble aujourd’hui chercher une porte de sortie honorable. Mais une question demeure : peut‑on tourner la page si facilement sans qu'elle ne reconnaisse ses responsabilités historiques dans un conflit qui a profondément déstabilisé la région ? Pour de nombreux Marocains, le problème n’est pas uniquement territorial ; il est aussi mémoriel et stratégique. Les blessures accumulées depuis les expulsions massives de Marocains d’Algérie en 1975, les tensions militaires permanentes, la fermeture des frontières, les propos injurieux quasi quotidiens dans les médias officiels algériens à l’égard du Royaume et la guerre diplomatique incessante nourrissent un profond ressentiment. La question des réparations morales, politiques et territoriales revient donc régulièrement dans le débat public marocain : réparation pour les vies perdues, pour les ressources englouties dans une confrontation imposée, pour les décennies perdues par tout le Maghreb. Les Marocains n’ont pas oublié les territoires spoliés au profit de l’Algérie française. Cela est documenté et archivé. Derrière le conflit du Sahara, c’est aussi l’échec historique de la construction maghrébine qui apparaît. L’avenir dépendra désormais de la capacité d’Alger à reconnaître et assumer ses responsabilités et à accepter le nouveau rapport de forces régional. Le monde change. Les États recherchent aujourd’hui stabilité, corridors commerciaux, sécurité énergétique et coopération stratégique. Les logiques « révolutionnaires » et idéologiques héritées de la guerre froide ont perdu leur influence. Elles n’ont apporté que des malheurs là où elles se sont imposées. Le Maroc apparaît de plus en plus comme un acteur régional stable, connecté à l’Europe, à l’Afrique et au monde atlantique. La dynamique diplomatique actuelle lui est favorable. Mais la paix durable au Maghreb exigera plus qu’une victoire diplomatique. Elle nécessitera un véritable changement de doctrine politique à Alger: abandon de la logique de confrontation, acceptation du principe de réparation, reconnaissance des réalités géopolitiques nouvelles et instauration d’une coopération régionale fondée sur les intérêts des peuples plutôt que sur les réflexes de son appareil militaire. Au fond, le véritable enjeu dépasse le Sahara. Il s’agit de savoir si le Maghreb peut enfin sortir d’un demi‑siècle de rivalités stériles pour devenir un espace de prospérité et de puissance collective. Cela dépend désormais du peuple algérien.

le Maroc dans la cour des grands, en avant toute... 428

Le Maroc n’avance plus sur la pointe des pieds. Il marche désormais avec l’assurance des grandes nations de football. Quelle image magnifique que celle de nos Lions quittant le tarmac de l’aéroport de Rabat-Salé en direction de New York. Costumes sombres impeccables, cravates rouges aux couleurs du pays, tapis rouge déroulé sous leurs pas… Tout un symbole. Celui d’une nation qui a compris que le football moderne est aussi une affaire de stature, de représentation et de culture de la victoire. Au milieu de cette scène presque hollywoodienne, un homme attire naturellement le regard : Mohamed Ouahbi. Sourire calme, regard serein, posture maîtrisée, lunettes parfaitement ajustées. Il dégage cette tranquillité apparente que seuls connaissent les hommes habités par une immense pression intérieure. Ceux qui ont déjà porté des responsabilités savent ce que cela implique : rassurer les troupes, inspirer confiance, masquer le doute pour nourrir l’espoir. J'en sais quelque chose pour l'avoir expérimenté pendant des années. Il est difficile de conduire des hommes vers les sommets là où tous les regards convergent et où les sentiments aussi se déchainent. Ouahbi possède précisément ce mélange rare : savoir-faire, personnalité et conviction. Il connaît ses joueurs. Il sait surtout qu’il dirige une génération qui n’a plus peur de personne. Il sait aussi qu'il va jouer avec nos nerfs et nos émotions comme jamais auparavant. L'équipe nationale du Maroc version 2026 n’est pas seulement talentueuse. Elle a faim. Faim de reconnaissance. Faim de carrière. Faim de trophées. Faim d’écrire son propre nom dans l’histoire du football marocain. Ces jeunes savent que le football mondial ne fait de cadeaux à personne. Ils savent qu’un grand tournoi peut changer une vie, ouvrir les portes des plus grands clubs et installer définitivement une carrière. Cette vérité donne souvent naissance aux plus grandes épopées. Ils savent aussi et surtout que le Maroc leur offre ici la chance de leurs vies à chacun et ensemble. Ils ont conscience qu'en coupe du monde ce qui compte c'est le collectif et ils en forme bien un: soudé à toute épreuve. Dans ce groupe, plusieurs joueurs arrivent avec l’énergie des ambitieux et l’orgueil des compétiteurs. Des garçons qui veulent saisir leur chance à pleines mains. Des joueurs qui ne viennent pas pour participer mais pour marquer les esprits. Ils jouent et représentent un Maroc qui ne considère plus la présence au haut niveau comme un miracle mais comme une obligation, traduisant d'un Roi, d'une nation, d'un peuple. C’est peut-être cela le plus grand changement. Pendant longtemps, le Maroc était invité à la table des grandes nations du football avec la modestie du “petit poucet”. On était heureux d’être là, heureux de rivaliser, heureux parfois simplement d’exister. On était placé en bout de table... Cette époque est terminée. Depuis l’exploit historique du Mondial 2022, le regard du monde a changé. Le Maroc est observé, respecté et attendu. Aujourd’hui, lorsque les Lions entrent sur une pelouse, ils représentent une école, un projet et une ambition continentale. Ils portent les espoirs d’un pays, mais aussi d’une Afrique qui veut regarder les géants du football droit dans les yeux. Et il faut le dire clairement : le Maroc a tout mis en œuvre pour aller chercher les sommets. Des infrastructures de niveau mondial. Une politique de formation ambitieuse. Des centres modernes. Une fédération structurée. Une vision royale qui a placé le sport au cœur du rayonnement du pays. Une diaspora exceptionnelle qui enrichit continuellement notre football. Le monde entier le voit aujourd’hui. Bien sûr, Dieu seul sait ce que nous réserve la compétition. Le football reste imprévisible, cruel parfois, magique souvent. Mais une chose est certaine : cette sélection marocaine ne part plus avec un complexe d’infériorité. Elle part avec une mission, celle de tout faire pour amener une coupe du monde au pays et confirmer que le Maroc appartient désormais au cercle des grandes nations du football mondial. Et lorsque ces jeunes Lions montaient dans l’avion à Rabat-Salé, élégants, concentrés et fiers de porter le rouge du pays, c’est tout un peuple qui embarquait avec eux. Dans l’avion, ils ne savaient pas encore qu’ils étaient désormais septièmes au classement mondial de la FIFA... C’est ainsi que New York les a accueillis.

Mehdi Tazi – Mohamed Bachiri : le tandem qui peut réinventer le patronat marocain... 479

L’élection de Tazi et Bachiri à la tête de la CGEM n’est pas un simple changement d’équipe; c’est peut-être un tournant culturel, économique, voire politique, dans la manière de considérer l’entreprise, la richesse et ceux qui prennent le risque d’investir. Le plus intéressant est la vitesse avec laquelle ils ont commencé à occuper le terrain, à proposer et à montrer qu’ils ne voient pas la CGEM comme une institution de plus, mais comme un véritable centre d’impulsion, à un moment où l'on traverse une phase particulière. Le pays investit, les infrastructures changent d’échelle et 2030 approche. L’industrie automobile s’impose, l’aéronautique progresse, d’autres secteurs montent en puissance. Le Maroc veut devenir une plateforme énergétique, logistique et industrielle. Mais une autre réalité persiste: lourdeurs administratives, fiscalité jugée dissuasive, accès difficile au financement pour les PME, rigidités réglementaires, culture de suspicion envers l’entreprise et absence d’un véritable récit national autour de l’entrepreneur. C’est là que le tandem peut devenir plus qu’une simple direction patronale et contribuer à changer la perception de l’homme d’affaires. Dans une partie de l’imaginaire collectif, celui-ci est souvent caricaturé comme un prédateur, un privilégié à distance des réalités sociales. Certaines pratiques et connivences nourrissent cette perception. Cette vision est devenue injuste pour des milliers d’entrepreneurs qui créent, investissent, exportent, innovent et portent à bout de bras des centaines de milliers d’emplois. Créer une entreprise est un combat quotidien. Il faut gérer la concurrence internationale, les coûts, la pression fiscale, les retards de paiement, les fluctuations des marchés, les contraintes bancaires, les tensions sociales et, parfois, l’instabilité réglementaire. Derrière chaque usine qui ouvre, chaque PME qui survit, chaque exportation réussie, il y a des citoyens qui prennent des risques considérables. Le grand défi culturel de la CGEM est de réhabiliter l’acte d’entreprendre: faire comprendre que produire de la richesse n’est pas une faute morale; gagner de l’argent honnêtement n’est pas un scandale. L’entreprise n’est pas l’ennemie du citoyen, mais sa protection contre le chômage et la précarité. La CGEM ne peut plus se contenter d’être un syndicat. Dans les grandes économies, les organisations patronales influencent les doctrines économiques, inspirent les réformes fiscales et orientent les débats sur le travail, l’investissement, la compétitivité et l’innovation. Au Maroc, les partis politiques parlent davantage de redistribution que de création de richesse. Un pays ne redistribuer ce qu’il ne produit pas. Le tandem doit déplacer les lignes et pousser le débat vers des questions structurantes: libérer davantage l’investissement privé, alléger la bureaucratie, rendre la fiscalité plus stimulante pour l’investissement productif, accélérer la convertibilité du dirham et assouplir les restrictions de change, transformer les PME en champions africains et faire émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs industriels et technologiques. Le Maroc a souvent fonctionné avec une économie prudente, administrée et contrôlée. Cette approche a apporté de la stabilité. Mais le monde change à une vitesse brutale. Seuls les pays qui osent, avancent. Auront-ils l’audace de proposer des réformes? La fiscalité est souvent perçue comme lourde pour les créateurs de valeur. Beaucoup d’entreprises ont le sentiment d’être davantage pénalisées pour leur croissance qu’encouragées dans leur prise de risque. Les restrictions de change, malgré des évolutions positives, continuent également de limiter certaines ambitions internationales, notamment pour les startups. Le prochain exécutif devra faire des choix courageux et la CGEM de sortir d’une posture défensive pour devenir une force de proposition offensive, avec moins de logique corporatiste et plus de vision nationale. Au fond, la vraie question est simple: le Maroc veut-il seulement gérer son économie ou réellement devenir une puissance économique à part entière? Le profil de Si Mehdi intrigue aussi pour une autre raison: son rapport au sport. Excellent triathlète, il appartient à cette catégorie pour qui l’effort physique n’est pas un loisir mondain, mais une discipline de vie. Ce n'est point un détail. Le triathlon est l’un des sports les plus révélateurs du caractère humain. Il exige vitesse, puissance, endurance, résistance mentale, capacité à gérer la souffrance et intelligence de l’effort. Exactement ce dont le Maroc économique a besoin aujourd’hui: La vitesse pour accélérer les transformations. La puissance pour imposer des réformes. L’endurance pour tenir face aux résistances. Le sport enseigne aussi une autre valeur essentielle : la culture du résultat. En sport, les excuses ne produisent rien; seule la performance compte. Peut-être est-ce cette culture que Si Mehdi et Mohamed vont insuffler au patronat marocain: moins de discours, plus d’exécution. Les premières impressions laissent apparaître une dynamique particulière entre les deux hommes. L’un semble porter une énergie de projection, de mouvement et de mobilisation; l’autre apporte un tempérament direct et vif. Dans une époque dominée par les transitions technologiques, énergétiques et géopolitiques, cette complémentarité est un atout majeur. Car le Maroc entre dans une compétition mondiale extrêmement rude: l’Afrique attire toutes les puissances, les chaînes industrielles se recomposent, les marchés se déplacent et les modèles économiques traditionnels sont remis en question par l’IA et les nouvelles formes de production. Dans ce contexte, la CGEM ne peut plus être un simple espace de représentation; elle doit devenir un véritable laboratoire stratégique national. Le Maroc dispose aujourd’hui d’atouts rares: sa stabilité, ses infrastructures modernes, sa position géographique exceptionnelle, sa proximité avec l’Europe, sa profondeur africaine et sa crédibilité internationale croissante. Mais l’histoire économique enseigne aussi que les opportunités ne durent jamais éternellement. Le pays doit donc accélérer. Et peut-être que cette élection intervient précisément au moment où le pays a besoin d’un patronat plus offensif, plus assumé, plus visible et plus engagé dans la bataille économique mondiale. La réussite ne se mesurera pas uniquement aux rapports produits ou aux réunions organisées, mais à une question profonde: celle de transformer la culture économique du pays, où le secteur financier reste dominé par le secteur bancaire, avec un segment participatif modeste et seulement 77 entreprises cotées en Bourse, même si cela représente 47,1% du PIB (BAD). Vont-ils réussir à contribuer à un Maroc où l’entrepreneur n’est plus suspect par principe, mais reconnu comme un acteur central de la souveraineté nationale, de l’emploi et de la prospérité collective? Si tel est le cas, alors leur mandat dépassera largement le cadre syndical.

Oxford, Fès pourquoi le décrochage…. 533

À la lecture de l’article publié par mon ami Aziz Daouda, je me suis souvenu de deux situations concrètes vécues par mon père Allah yerhmou à l’université Al Karaouyines dans les années 40 et moi même en faculté de médecine à Rabat dans les années 70. Il venait de Chefchaouen, sous protectorat espagnol à l’époque pour faire des études de littérature arabe et de théologie avec d’autres amis. Le système d’enseignement était celui des halakas où les étudiants formaient des cercles autour de l’enseignant . Puis vint le jour où une délégation officielle venue de Rabat présenta une réforme pour moderniser et restructurer cette université Al Karaouyines . Mon père s’est retrouvé par hasard au sein de la délégation estudiantine qui devait dialoguer avec l’administration pour la mise en place des nouvelles structures proposées . Il me raconta comment cette délégation animée par un courant de conservatisme aveugle à l’époque avait repoussé toute tentative d’adhésion à cette réforme. Il en a gardé une cicatrice profonde car la réaction de l’administration de l’époque a été d’expulser les étudiants venant du nord ( zone espagnole), mettant fin à ses rêves de poursuivre ses études et d’obtenir un diplôme universitaire. En 74 j’ai vécu un événement similaire avec les militants de l’UNEM qui après de longues périodes de grève se sont vus donner un ultimatum pour passer les examens. Je me suis retrouvé par hasard avec la délégation reçue par Pr Berbich Allah yerhmou. Il fit plusieurs propositions pour concilier entre les contraintes des enseignants et celles des étudiants offrant des garanties pour que ces examens se fassent dans les conditions les plus favorables possibles. Le lendemain de la réunion je me retrouve dans l’amphithéâtre avec des énergumènes qui voulaient à tout prix continuer la grève et boycotter les examens pour des convictions politiques propres au mouvement à l’époque. Il a fallu que je prenne mon courage à deux mains, dénoncer un compte rendu erroné et rétablir la vérité sur les propositions du Doyen pour que la majorité silencieuse comprenne qu’elle était manipulée et qu’elle décide d’élever la voix et barrer la route à ceux qui pour des intérêts obscurs voulaient sacrifier l’avenir de ces promotions. Des idéologies étroites, religieuses politiques ou autres nous ont souvent amené à refuser la restructuration et la modernisation de notre université et empêcher son évolution comme cela s’est produit en Europe. Ce n’est certes pas la seule raison mais c’est à mon humble avis un des facteurs ayant abouti à la stagnation de notre enseignement.

Oxford, Fès ou le mystère du décrochage... 577

Voilà bientôt dix jours que je marche dans Oxford. Quel plaisir d'y déambuler. Dix jours à arpenter ses ruelles étroites, à me frotter à ses murs en pierre, à respirer ses jardins impeccables et ses collèges centenaires aux murailles majestueuses. Dix jours à entrer dans des bibliothèques où le silence ressemble à une religion. Dix jours à visiter des musées gratuits, ouverts à tous, riches d’objets, d’idées et de mémoire humaine. Ici, la connaissance n’est pas enfermée. Elle circule. Elle se partage. Elle se respire. Elle vit. Chaque musée est une leçon d’humilité. On y voit l’histoire de l’humanité racontée avec soin, délicatesse, patience et fierté. On y passe des heures sans fatigue. En sortant, on a envie d’y revenir. Le jardin botanique lui-même semble être une invitation permanente à comprendre la terre, les plantes, le vivant, l’univers, le lointain. Mais depuis dix jours aussi, une question me poursuit. Elle m’a frappé brutalement au musée de la science lorsque j’y ai découvert des astrolabes venus de chez nous, du Maroc, du monde musulman. Là, exposés avec respect, comme des symboles d’une époque où nous étions parmi les producteurs du savoir mondial. Alors une interrogation devient obsession: comment avons-nous perdu cette avance ? Il faut rappeler une vérité historique souvent oubliée: l'Université Al Quaraouiyine à Fès, fut la première université du monde. À une époque où une grande partie de l’Europe vivait encore dans les obscurités du Moyen Âge, Fès rayonnait déjà par la théologie, les mathématiques, l’astronomie, la médecine, la philosophie et les sciences du langage. Des savants y enseignaient pendant que l’Europe apprenait encore à structurer ses institutions du savoir. Dans les cartes mondiales retraçant l’histoire de la connaissance humaine, Fès apparaît bel et bien comme l’un des grands centres intellectuels de l’humanité. Alors que s’est-il passé ? À quel moment Oxford et Cambridge ont-elles pris le dessus ? Pourquoi ici les sciences ont-elles continué à progresser alors que chez nous l’élan s’est progressivement arrêté? Pourquoi l’Europe a-t-elle transformé les universités en moteurs permanents d’innovation et de développement pendant que nous avons fini par sanctuariser, sacraliser, le passé au lieu de construire l’avenir ? La réponse ne peut pas être simpliste. Aucun peuple ne décline du jour au lendemain par accident. Aucune civilisation ne s’effondre par hasard. Le décrochage du monde musulman, et particulièrement marocain, est le résultat d’un long processus historique auquel des acteurs puissants ont contribué. D’abord, il y eut la fermeture progressive de l’esprit critique. Pendant des siècles, le monde musulman avait fait de la curiosité intellectuelle une valeur centrale. On traduisait les Grecs, les Perses, les Indiens. On débattait. On expérimentait. On écrivait, on enseignait. Le savant avait du prestige. Le doute était permis, admiré. Puis, peu à peu, la peur du changement et le conservatisme ont remplacé la dynamique intellectuelle. Les savants sont condamnés, tués, écorchés, leurs livres brûlés. L’enseignement s’est réduit à la répétition plutôt qu’à l’invention. Pendant ce temps, l’Europe connaissait la Renaissance, puis la révolution scientifique, puis les Lumières. Oxford et d’autres universités européennes ont compris une chose essentielle: une université n’est pas seulement un lieu de transmission d'un savoir figé, c’est un lieu de production du savoir et d'innovation. Chez eux, les bibliothèques sont devenues des cathédrales modernes. Ici, on continue de considérer le livre comme un objet secondaire. Là-bas, la recherche a été financée, protégée, encouragée. Chez nous, à aujourd'hui combien de chercheurs vivent encore dans la précarité et l’indifférence ? Mais il y a plus profond encore. Oxford impressionne par une chose rare: la continuité. Ici, les traditions n’ont pas été détruites au nom de la modernité. Elles ont été intégrées à elle. Les étudiants portent fièrement encore une tenue spécifique noire pour les examens et des oeillets à la boutonnière. Les professeurs continuent à revêtir leurs robes universitaires séculaires. Les rites académiques subsistent sans autre option. Et pourtant, personne ne considère cela comme incompatible avec l’innovation technologique ou scientifique. C’est peut-être là aussi l’une des grandes différences. Où sont passés les rituels d'antan Al Quaraouiyine qui ont inspiré l'ensemble des universités du monde ? Nous avons aujourd'hui tendance à croire que la modernité exigerait de rompre brutalement avec nos traditions. Eux ont compris que l’identité peut être une force lorsqu’elle accompagne le progrès au lieu de le combattre. Ici, les collèges sont respectés parce qu’ils incarnent une histoire vivante. Les bâtiments sont entretenus avec un soin presque sacré. Les étudiants semblent conscients qu’ils appartiennent à quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes. Ils sont assis sur des bancs prestigieux. Le savoir n’est pas un simple outil d’ascension sociale; il est une mission collective. Cela se ressent jusque dans les comportements. Les gens sont calmes, disciplinés, curieux, respectueux. Non parce qu’ils seraient naturellement supérieurs aux autres, mais parce que des siècles d’institutions solides ont façonné une culture du civisme et du respect de l’espace public. Le vrai drame du monde musulman n’est peut-être pas seulement économique ou politique. Il est culturel. Nous avons cessé de protéger durablement nos institutions du savoir. Nous avons souvent remplacé la logique de mérite par celle des réseaux, la culture de la recherche par celle du diplôme, la patience scientifique par l’urgence politique. Pendant que d’autres construisaient des bibliothèques, nous avons parfois construit des certitudes. Mais tout n’est pas perdu. Le plus fascinant à Oxford n’est pas sa richesse matérielle. C’est sa capacité à croire encore et toujours au savoir. À investir dans les livres, les musées, les laboratoires, les jardins, les étudiants et les enseignants comme on investirait dans l’avenir même de la nation. La vraie question n’est donc pas seulement: pourquoi avons-nous décliné ? La vraie question est sans doute: avons-nous encore la volonté de redevenir une civilisation qui produit du savoir plutôt qu’une société qui le consomme? L’histoire montre une chose essentielle: aucune avance n’est éternelle. Ni celle des empires. Ni celle des universités. Ni celle des civilisations. Fès a déjà illuminé le monde. Rien n’interdit qu’elle, Marrakech, Rabat, ou Benguerire le fasse à nouveau. À condition de comprendre que le progrès ne se décrète pas. Il se construit dans les écoles, dans les bibliothèques, dans la liberté intellectuelle, dans le respect des enseignants, dans la protection de la science et dans la réconciliation entre identité et modernité. Le vrai écart ne s’est pas creusé uniquement dans les budgets ou dans les infrastructures. Il s’est creusé dans notre rapport au savoir.

Le Maroc à deux vitesses… et le mouton en première classe... 526

L’Aïd est passé, mais pas le choc du prix du mouton… Chaque année, en prélude et après l’Aïd al-Adha, les discussions reviennent avec la même intensité : le prix du mouton. Mais cette fois, le débat a pris une autre dimension. Beaucoup de Marocains ne parlent plus simplement d’une hausse passagère ou d’une année difficile. Ils parlent d’un véritable basculement économique et social. Certains se sentent volontairement exclus du plaisir d'égorger un mouton. Et trouvent des boucs émissaires tout indiqué : le gouvernement et son chef et Chenaqa, ces intermédiaires de fortune qui cherchent à se faire quelques sous. En fait un pauvre qui accuse un autre. Pendant des années, on a expliqué aux citoyens que la flambée des prix était liée à la sécheresse, au manque de pluie, à la baisse du cheptel national et aux difficultés des éleveurs. L’argument semblait logique. Moins d’eau, moins de pâturages, moins de bétail : les prix montent. Mais aujourd’hui, une question dérangeante s’impose : il a plu, les barrages se sont améliorés, les campagnes ont reverdi… alors pourquoi les prix ne baissent-ils pas ? Le citoyen marocain doit finir par comprendre que le problème dépasse largement la météo. Lorsque certains responsables évoquent au Parlement des moutons à 1000 dirhams, beaucoup y voient une fiction déconnectée de la réalité des marchés. Dans la majorité des villes et villages, les prix réellement pratiqués ont été bien supérieurs, plaçant l’Aïd hors de portée d’une partie importante des familles sinon au prix de sacrifices énormes. Mais derrière cette polémique se cache une vérité économique plus profonde, souvent tue parce qu’elle dérange : dans les économies modernes, les prix ne s’alignent pas sur le pouvoir d’achat des pauvres. Ils s’alignent sur celui de ceux qui peuvent payer. C’est là toute la réalité du Maroc à deux vitesses. Quand une frange dispose d’un pouvoir d’achat élevé, le marché finit naturellement par ajuster ses prix vers le haut. Le vendeur ne fixe pas son prix en fonction de celui qui souffre, mais de celui qui achète malgré tout. Ce phénomène existe partout dans le monde. Plus un pays se développe, plus sa monnaie prend de la valeur, plus les prix augmentent. Et plus les inégalités deviennent visibles entre ceux qui suivent cette hausse, la supporte, et ceux qui la subissent. Le Maroc n’échappe naturellement pas à cette logique. On peut multiplier les aides sociales, les subventions ou les mesures d’urgence. Mais il faut avoir le courage intellectuel de reconnaître une chose : ces politiques compensent parfois la douleur sans régler le problème de fond. Elles soulagent temporairement, mais ne créent pas durablement la richesse. Une question mérite d’être posée sans tabou : jusqu’où doit aller l’État dans la régulation économique et la redistribution ? Est-ce véritablement son rôle principal de corriger en permanence les déséquilibres du marché ? Ou doit-il avant tout créer les conditions d’une économie forte, libre, productive et attractive ? Car la richesse nationale ne se décrète pas. Elle se produit. Et pour produire de la richesse, il faut de l’investissement, de l’initiative et de la confiance. Or beaucoup d’entrepreneurs marocains, y compris parmi les plus fortunés, hésitent à investir davantage. Ils craignent la lourdeur administrative, la multiplication des procédures, l’instabilité réglementaire ou encore une pression fiscale jugée excessive. À force de compliquer l’acte d’investir, on finit par décourager ceux qui pourraient créer de l’emploi et donc améliorer le pouvoir d’achat. Car le véritable pouvoir d’achat ne vient pas des discours politiques. Il vient du travail, des salaires et de la dynamique économique. Plus l’économie crée d’emplois qualifiés et de valeur ajoutée, plus les revenus augmentent. Et plus les revenus augmentent, plus les citoyens peuvent faire face aux prix du marché. Il existe aussi une contradiction culturelle qu’il faut avoir le courage de regarder en face. Le Marocain accepte parfois de payer très cher un téléphone dernier cri, une voiture, une marque de vêtements, des cigarettes ou des loisirs coûteux. Mais lorsqu’il s’agit du travail d’un paysan, d’un éleveur ou d’un artisan, la hausse des prix devient immédiatement scandaleuse. Comme si le labeur agricole devait rester éternellement sous-évalué. Pourtant, derrière chaque mouton vendu à l’Aïd, il y a des mois de travail, de nourriture, de transport, de soins et de risques supportés par des familles rurales souvent modestes elles aussi. Le vrai débat ne consiste donc pas uniquement à dénoncer les prix élevés. Il consiste à réfléchir collectivement au modèle économique que le Maroc veut construire. Un modèle fondé sur l’assistanat permanent et la régulation excessive ? Ou un modèle fondé sur la création de richesse, l’investissement, la confiance économique et la valorisation du travail ? L’Aïd est passé. Mais le choc du prix du mouton, lui, restera peut-être comme le symbole d’un Maroc en pleine transition, où les aspirations à la modernité se heurtent encore aux fractures profondes du pouvoir d’achat et des inégalités sociales.

Wahbi et le pari du Maroc hybride : vers un football de maîtrise... 540

Dans le football contemporain, les grandes nations ne se définissent plus seulement par la qualité intrinsèque de leurs joueurs, mais par leur capacité à changer de registre sans se renier. C’est précisément cette ambition que semble porter Mohamed Wahbi à travers sa lecture du jeu et la composition de sa liste pour le Mondial 2026. Une partie des analyses et point de vue critique, s’est arrêtée à une grille de lecture classique, celle des « meilleurs joueurs sélectionnés ». Cette approche manque l’essentiel. Wahbi ne convoque pas uniquement des individualités, il assemble des fonctions. Sa liste ne répond pas à une logique de hiérarchie, mais à une logique de scénarios. Chaque profil correspond à une situation de match, à une configuration tactique, à une nécessité stratégique. Autrement dit, il ne construit pas une équipe, il conçoit un système évolutif, mutant et pragmatique. Nous faisons donc ici face à une continuité transformée. Le projet de Wahbi ne s’inscrit pas en rupture avec l’ère Regragui, mais dans sa prolongation intelligente. Le Maroc de 2022 restera comme l’une des plus grandes performances de l’histoire du football africain, fondée sur une organisation défensive d’élite, une discipline collective remarquable et une exploitation clinique des transitions. Mais ce modèle, par nature, atteint rapidement ses limites s’il devient prévisible. C'est sûrement cela qu'il faut vite changer. Wahbi semble avoir intégré cette réalité. Il ne cherche pas à effacer cet héritage, mais à l’enrichir, à le bonifier. À la solidité sans ballon, il ajoute une ambition avec ballon; celle de contrôler, de dicter, d'imposer et de varier le jeu. Wahbi en a fait la preuve de belle manière en U20. Le Maroc ne veut plus seulement survivre aux matchs ; il veut apprendre à les gouverner, à les maîtriser. L’hybridation est comme doctrine que Wahbi est entrain d'imposer à l'effectif. Le concept central du projet Wahbi est celui donc d’une équipe hybride, non pas indécise, mais polymorphe, capable de changer de configuration et d'animation à tout moment pendant une même partie. Au très haut niveau, la rigidité est une faiblesse. Les grandes sélections savent naviguer entre plusieurs états de jeu au sein d’un même match : défendre en bloc bas ou presser haut; confisquer le ballon et attaquer rapidement; ralentir le tempo et neutraliser les transitions adverses. Cette capacité d’adaptation conditionne la compétitivité. Face à une puissance comme le Brésil, la maîtrise du ballon devient un outil défensif. Contre un bloc bas, elle devient une arme offensive. Dans un duel physique, elle doit s’accompagner d’une capacité à gagner les seconds ballons et à soutenir l’intensité. Wahbi semble explicitement refuser un Maroc réactif par essence ; il veut une équipe capable d’imposer, mais aussi de s’ajuster en temps réel. Pour ce, la primauté dans ses choix s'est porté sur des profils capable d'intégrer et de s'intégrer dans cette doctrine. La sélection révèle donc une lecture fonctionnelle du football. Achraf Hakimi, dans ce cadre, dépasse largement son statut de latéral. Il devient un point de déséquilibre permanent, un créateur excentré dont la liberté offensive structure l’équilibre collectif. C'est ce qu'il fait déjà avec brio au PSG. Ayoub El Kaabi n’est pas seulement un finisseur. Il est un point de fixation, un repère axial qui étire les lignes et libère les espaces intermédiaires. Soufiane Rahimi apporte une menace verticale constante, essentielle pour contenir les blocs adverses et dissuader les pressings agressifs. Ismaël Saibari, lui, incarne la figure du faux neuf associatif, capable de relier les lignes, d’absorber la pression et de fluidifier les circuits. Il est aussi très imprévisible pour une défense. Wahbi ne duplique donc pas les profils. Il multiplie les réponses et s'offre des options. Cela devrait se traduire par une véritable montée en gamme technique et une efficacité accrue. Un autre signal fort se dégage également, celui de la volonté assumée de hisser le Maroc vers un football de maîtrise. Autour d’Ounahi, El Khannouss, Bouaddi, El Aynaoui ou Brahim Díaz, se dessine un cœur de jeu capable de résister au pressing, d’organiser les sorties de balle et de contrôler les rythmes. Ce choix traduit une évolution culturelle manifeste. Longtemps assignées à un registre physique ou transitionnel, les sélections africaines peinent à être reconnues comme des équipes de contrôle. Le Maroc entend briser ce plafond implicite en revendiquant un football de possession intelligente, fondé sur la lecture du jeu et la qualité technique. Cette ambition s’appuie sur une génération formée dans des environnements tactiques exigeants, capable d’interpréter plusieurs rôles et de s’adapter à des contextes variés. Capable aussi d'évaluer le risque comme passage obligé. Car ce projet comporte, naturellement, une part d’incertitude. Une équipe hybride peut se diluer si les repères ne sont pas parfaitement assimilés. La richesse des options peut engendrer de l’indécision. Le football de maîtrise exige du temps, des automatismes et une intelligence collective élevée. Mais Wahbi assume ce risque. Là où d’autres s’abriteraient derrière un modèle éprouvé, il choisit l’évolution. Il inscrit donc son projet dans une vision de long terme. Wahbi parie sur une vérité simple : à l’échelle d’un Mondial, la seule solidité défensive ne suffit plus. Il faut aussi savoir confisquer le ballon, imposer des séquences, casser des blocs, gérer les temps faibles autrement que par la seule résistance. Notre équipe nationale Changera véritablement de statut. Au fond, cette liste traduit une mutation plus profonde. Le Maroc ne veut plus être uniquement une équipe capable de créer l’exploit ; il aspire à devenir une sélection qui impose sa loi. Ce glissement est autant mental que tactique. L’enjeu pour Wahbi dépasse la simple composition d’un onze. Il s’agit de construire une équipe capable de lire le match, d'accélérer quand il faut, de temporiser s'il le faut, de subir sans capituler, de contrôler pour s'imposer, d'attaquer la profondeur pour trancher et surtout doit savoir quand changer de registre sans perdre sa cohérence. C’est à cette maîtrise des moments que se reconnaissent les grandes équipes. Et c’est précisément vers cette exigence que semble vouloir conduire Mohamed Wahbi. Quand à nous public averti ou pas, experts ou pas, soyons patients et solidaires. Aux joueurs non retenus il faut dire que la vie est ainsi. Que ce n'est point une injustice mais une stratégie. Une équipe c'est par définition un effectif limité. Le jour de sa nomination, j'avais dit de Wahbi qu'il avait la tête à remporter une coupe du monde chez les grands aussi. Aujourd'hui je le crois un peu plus et davantage. inch'Allah.

Royal Air Maroc : compagnie nationale ou simple machine à rentabilité ? 637

Certaines décisions d’entreprise dépassent largement le cadre du management. Elles peuvent impacter la souveraineté économique, la cohésion territoriale, l’influence diplomatique et même l’image d’un pays. La suspension annoncée par Royal Air Maroc de nombreuses dessertes africaines ainsi que l’arrêt des vols vers Ouarzazate, Errachidia et Zagora à partir du 7 juin appartient clairement à cette catégorie. Une question devient ainsi inévitable: la RAM est-elle encore pensée comme un outil stratégique ou uniquement comme une entreprise qui ne raisonne plus qu’en termes de rentabilité immédiate? Le Maroc a construit patiemment une relation exceptionnelle avec une grande partie du continent; relation qui n’a pas été bâtie uniquement par la diplomatie officielle, les banques ou les investissements. Elle s’est aussi construite dans les aéroports, dans les avions, dans la régularité des liaisons aériennes, dans la proximité humaine créée par les voyages. Dans plusieurs capitales africaines, la RAM est bien plus qu’une simple compagnie aérienne. Au Sénégal, au Cameroun, au Congo-Brazzaville ou encore à Kinshasa, nombreux sont ceux qui parlent de “la compagnie de nos frères marocains”. Beaucoup de voyageurs africains préférent la RAM à toutes les autres compagnies pour rejoindre l’Europe ou les USA via Casablanca. Cette fidélité n’a rien d’automatique. Elle s’est construite sur des années de confiance, d’habitudes, de présence continue et de stratégie africaine assumée. Or cette confiance est fragile. Suspendre brutalement des liaisons, même temporairement, revient à ouvrir un boulevard à la concurrence. Dans l’aérien, les habitudes perdues sont extrêmement difficiles à reconquérir. Un passager qui découvre une autre compagnie, un autre hub ou une autre connexion finit souvent par changer durablement ses réflexes de voyage. Le plus paradoxal est que cette décision intervient au moment même où le Maroc ambitionne de devenir un hub continental majeur à l’approche de la Coupe du Monde 2030. Comment prétendre renforcer le rôle continental de Casablanca tout en affaiblissant certaines connexions africaines stratégiques? Comment vouloir devenir un champion africain du transport aérien tout en donnant le sentiment d’abandonner des marchés laborieusement fidélisés? Le problème dépasse le continent africain. La décision concernant Drâa-Tafilalet est peut-être encore plus grave sur le plan national. Ici, il ne s’agit plus uniquement d’une logique commerciale. Il s’agit d’aménagement du territoire. La disparition des vols vers Ouarzazate, Errachidia et Zagora envoie un signal extrêmement violent à toute une région qui souffre déjà d’un sentiment ancré de marginalisation. Une région dont on extrait énormément de richesses pour souvent très peu en retour. Depuis des années, on parle de régionalisation avancée, de désenclavement et de développement des territoires intérieurs. Qu'en est il dans les faits? Une contradiction difficilement soutenable. Ouarzazate n’est pas une ville marginale. C'est l’un des pôles les plus singuliers du pays en tourisme saharien, culturel, écotourisme, sport d’aventure, tourisme expérientiel haut de gamme et Cinéma. Rares sont les destinations capables de cumuler autant de potentialités. La ville abrite également le complexe solaire Noor, infrastructure énergétique stratégique à l’échelle mondiale. Errachidia est la porte d’entrée du Tafilalet et d’une importante diaspora qui dépend fortement de l’existence de liaisons régulières. Quant à Zagora, c'est l’un des symboles émergent de circuits désertiques. Réduire ou suspendre leur desserte revient mécaniquement à fragiliser leur attractivité économique mais aussi psychologique et identitaire. Un investisseur peut accepter l’éloignement. Il accepte beaucoup plus difficilement l’imprévisibilité logistique. Le plus troublant dans ce dossier reste toutefois l’absence totale de communication claire. Ni la compagnie, ni les autorités gouvernementales, ni les institutions régionales n’ont fourni d’explications à la hauteur des enjeux. Existe-t-il un différend financier entre la région et la RAM? Les engagements ont-ils été respectés? La compagnie considère-t-elle simplement ces lignes comme insuffisamment rentables? Le gouvernement a-t-il été consulté avant une décision aux conséquences aussi importantes? Le Parlement a-t-il seulement été informé? Une compagnie bénéficiant d’un soutien public massif ne peut agir comme une entreprise totalement déconnectée des impératifs stratégiques du pays. Une ligne intérieure déficitaire peut malgré tout être essentielle pour la cohésion territoriale, le tourisme, l’investissement, la mobilité des citoyens ou la stabilité économique régionale. C’est précisément pour cela que de nombreux pays maintiennent des mécanismes de continuité territoriale subventionnée. Une compagnie nationale n’est pas uniquement jugée sur ses performances financières ou ses lignes long-courriers rentables. Elle est aussi jugée sur sa capacité à servir la nation dans son ensemble. Le cas de Ouarzazate illustre parfaitement ce danger. Le secteur touristique local sort à peine d’années extrêmement difficiles. Réduire la connectivité aérienne dans un tel contexte revient à aggraver une situation déjà sous tension. Le risque est désormais celui d’un cercle vicieux redoutable. Moins de vols entraîne moins de touristes, donc moins d’investissements, donc moins de rentabilité, donc encore moins de vols. Et que dire du travail pour la population. Lorsqu’une spirale de ce type s’installe, elle devient extrêmement difficile à inverser. L'affaire révèle une faiblesse profonde du pilotage stratégique et l’absence de coordination réelle entre transport aérien, tourisme, développement et vision territoriale. Comment convaincre des hôteliers, des producteurs de cinéma ou des investisseurs de miser sur une région dont l’accessibilité peut disparaître quasiment du jour au lendemain? Le plus incompréhensible reste peut-être le timing. Alors que la RAM communique abondamment sur l’acquisition de nouveaux appareils et ses ambitions internationales, elle réduit dans le même temps certaines dessertes essentielles au tissu territorial marocain et africain. Ces nouveaux avions voleront vers où ? Et surtout au profit de qui ? Une compagnie nationale ne peut pas se transformer en simple opérateur commercial obsédé par les seules lignes rentables. Sinon, le risque est immense: celui de voir disparaître sa légitimité nationale au moment même où elle ambitionne d’étendre son influence continentale. Ce type de décision dépasse largement le pouvoir de simples managers. Il touche directement à la stratégie du pays, à l’équilibre des territoires et à la vision même du Maroc de demain. A force de réduire la connectivité des régions périphériques et de fragiliser certains liens africains, ce n’est pas seulement un réseau aérien que l’on affaiblit. C’est tout un horizon économique, diplomatique et territorial que l’on rétrécit.

Le revirement d’Alger sur le Sahara marocain : aveu diplomatique ou repositionnement stratégique maladroit ? 646

La récente déclaration du ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, n’est pas passée inaperçue. Le ton est Solennel, le rythme haché et l'accent appuyé. Le moment semble grave. En affirmant d'emblée que l’objectif de son pays a toujours été de favoriser des négociations entre « les parties concernées », à savoir selon lui le Maroc et le Polisario, tout en présentant l’Algérie comme un simple voisin et observateur aux côtés de la Mauritanie, Attaf tente manifestement de redéfinir le rôle de son pays dans le dossier du Sahara. Ce propos, certainement destiné à l’opinion publique algérienne, contredit la réalité. L’Algérie participe bel et bien en tant que partie, au même titre que la Mauritanie. Cette posture soulève de nombreuses interrogations, tant elle apparaît en contradiction la suite du discours et plus encore avec plusieurs décennies d’implication politique, militaire, diplomatique et logistique de l’Algérie dans ce conflit régional artificiel. Une implication difficile à nier tant les preuves sont tangibles. Depuis les années 1970, l’Algérie a été le principal soutien, par certains aspects unique appui, du Polisario. Le mouvement séparatiste a bénéficié, sur le territoire algérien, d’un sanctuaire politique et militaire à Tindouf, d'une terre de repli, d’un soutien financier, d’un armement conséquent ainsi que d’un appui diplomatique constant dans les organisations internationales. Le chef du Polisario ne se gêne d’ailleurs pas à se déplacer à bord d’un avion arborant l’écusson officiel de l’Algérie. Même les ministres du gouvernement ne se déplacent pas ainsi... Pendant longtemps, Alger a présenté cette implication comme un simple soutien au «droit des peuples à disposer d’eux-mêmes». Pourtant, les faits historiques témoignent d’un engagement bien plus profond. Les affrontements d’Amgala en 1976 en constituent un épisode révélateur. Le Maroc avait alors capturé des militaires algériens, dont le célèbrissime Chengriha, engagés directement aux côtés des combattants du Polisario, provoquant une grave tension entre les deux pays. La question demeure: que faisaient-ils à Amgala ? Hassan II en fera cadeau. Dans ce contexte, la tentative actuelle de réduire l’Algérie à un rôle d’«observateur» apparaît difficilement crédible. Aucun observateur sérieux du dossier n'ignore que le Polisario dépend exclusivement de l’appui algérien pour sa survie politique et militaire. Le contexte international a profondément évolué et l'Algérie en prend douloureusement conscience. Si cette déclaration intervient aujourd’hui, ce n’est probablement pas par hasard. Le rapport de force diplomatique évolue en faveur du Maroc. La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara en 2020 a constitué un tournant majeur. Depuis, plusieurs pays influents ont adopté des positions de plus en plus proches du plan marocain d’autonomie, considéré par un nombre croissant de capitales comme la solution la plus réaliste et pragmatique. Dans ce contexte, Alger semble désespérément chercher à se désengager d’un conflit devenu coûteux sur les plans diplomatique et économique. La multiplication des crises régionales au Sahel, auxquelles l’Algérie est souvent associée, les tensions avec plusieurs partenaires internationaux ainsi que les difficultés économiques internes, fragilisent davantage sa posture. L’Algérie traverse en effet une crise intérieure persistante, marquée par une situation sociale et économique délicate. Malgré ses importantes ressources gazières, le pays peine à transformer cette rente en développement durable. Inflation, pénuries périodiques, chômage des jeunes et perte de confiance dans les institutions alimentent un malaise profond. Si la guerre en Ukraine avait temporairement renforcé son levier énergétique vis-à-vis de l’Europe, cette marge de manœuvre s’est réduite avec la diversification des approvisionnements européens. Dans ce contexte, le maintien d’un conflit gelé depuis près d’un demi-siècle représente un coût politique et financier de plus en plus difficile à assumer. Le Maroc lui, engrange des succès économiques et diplomatiques, notamment dans ses provinces du Sud. La question de Tindouf devient sensible, irritante et particulièrement embrassante pour Alger. Les camps demeurent l’un des aspects les plus gênant du dossier. Depuis des années, plusieurs voix internationales réclament un recensement précis des populations qui y vivent, une demande régulièrement soutenue par le Maroc et systématiquement refusée par l’Algérie. Tindouf est un séquestre au vu du droit. Les populations qui y sont ne jouissent aucunement des droits de réfugiés. De plus il est largement admis qu’une partie importante des populations des camps ne sont pas originaires du Sahara marocain, mais proviennent d’autres régions du Sahel et d'Algérie. L’absence persistante de recensement officiel alimente les interrogations sur la réalité démographique et sécuritaire de ces camps. Pour Alger, cette question est d’autant plus délicate que le contexte sécuritaire au Sahel s’est fortement dégradé, avec la prolifération des groupes armés, des trafics transfrontaliers et des réseaux terroristes. Certains l’accusent même d’un rôle trouble dans certaines dynamiques régionales, notamment à la lumière des récents événements au Mali. Des éléments du Polisario y ont participé. L’évolution récente du discours algérien peut être interprétée comme une tentative de préparer l’après-Polisario. En cherchant à se repositionner comme simple «observateur», Alger semble vouloir réduire sa responsabilité directe dans un conflit dont l’issue diplomatique paraît définitivement défavorable aux thèses séparatistes. De son côté, le Maroc, serein et certain, continue de promouvoir son plan d’autonomie sous souveraineté marocaine comme solution unique et définitive. Ce projet gagne du terrain sur la scène internationale, porté par une diplomatie active et l’ouverture de nombreux consulats à Laâyoune et Dakhla. Le Royaume considère désormais que toute solution réaliste devra s’inscrire dans ce cadre, excluant de facto l’option référendaire, devenue impraticable sur le terrain. La déclaration d’Ahmed Attaf marque peut-être moins une rupture qu'une transition ou un ajustement imposé du discours officiel algérien face à une réalité géopolitique en mutation. Après des décennies d’affrontement autour du Sahara, l’Algérie semble prendre acte du fait que le statu quo devient de plus en plus difficile à soutenir. Reste à savoir si cette évolution débouchera sur une réelle désescalade régionale ou s’il ne s’agit que d’une manœuvre tactique visant à préserver les apparences; Alger semblant privilégier jusqu’ici une stratégie d’ajournement. Une chose paraît néanmoins acquise : le dossier du Sahara entre dans une nouvelle phase, où les rapports de force internationaux, les impératifs sécuritaires régionaux et les contraintes économiques internes pèseront davantage que les héritages idéologiques de la guerre froid

Visions d'Oxford... 658

À Oxford, on ne visite pas seulement une université ou une ville. On traverse une histoire, une manière d’habiter le savoir, là où les pierres anciennes dialoguent avec les ambitions de la jeunesse mondiale. Chaque collège possède son entrée particulière, parfois sobre mais imposante, sa propre âme, son architecture, ses rites, ses jardins silencieux, ses bibliothèques chargées de siècles. Mais certains lieux marquent davantage que d’autres. Parmi eux, Oriel College occupe une place particulière. Fondé au XIVe siècle, il donne l’impression d’un équilibre rare entre tradition et mouvement. Derrière ses murs austères se cache une vie intellectuelle intense, portée par des étudiants venus des quatre coins du monde et des enseignants aux allures d'anges aux sourires à la fois savants et humains. Dans ses cours pavées, se croisent des pas souvent furtifs, légers, imperceptibles. On y entend se mêler des accents africains, asiatiques, européens, américains et que sais je. Cette diversité n’est pas un slogan institutionnel. Elle est visible dans les cafés, dans les bibliothèques, devant des carfood, dans les rues et ruelles. En quittant les abords de High Street pour rejoindre Oriel Square, en traversant Broad Street, Catte Street ou encore Cornmarket Street, on comprend rapidement qu’Oxford vit au rythme de sa jeunesse en renouvellement perpétuel. Les bicyclettes et les trotinettes, aujourd'hui électriques, filent entre les bâtiments gothiques. Les librairies débordent d’étudiants. Les terrasses bruissent de conversations. Les breuvages sont frais et inspirant. Ici, la ville semble appartenir d’abord aux étudiants. Contrairement à certaines grandes universités américaines comme Harvad, où la présence de chercheurs, de professeurs et de doctorants donne parfois le sentiment d’une cité savante dominée par l’élite académique, avec peu d'étudiants. Oxford paraît respirer avant tout la vie estudiantine. Dans les rues étroites bordées de ses collèges séculaires, ce sont surtout des jeunes que l’on croise: des étudiants pressés, des groupes échangeant en plusieurs langues, des lecteurs absorbés dans leurs livres sur les pelouses de Christ Church Meadow ou au détour de Radcliffe Square. Cette jeunesse permanente donne à Oxford une énergie particulière. La tradition n’y étouffe pas l’avenir mais le nourrit et le forge. Chaque collège représente un petit monde autonome avec ses coutumes, ses résidences, ses salles de repas, ses jardins et ses bibliothèques nourricières. Pourtant, tous participent à une même civilisation universitaire où la curiosité intellectuelle demeure une valeur centrale, une raison de vivre. Parmi les lieux qui illustrent le mieux cette continuité du savoir figure le History of Science Museum. Niché sur Broad Street, face à l’âme historique de l’université, ce musée rappelle que la science n’a jamais été l’œuvre d’une seule civilisation. On y découvre notamment de magnifiques astrolabes marocains, d’une précision et d’une beauté exceptionnelles, témoins du rôle majeur joué par les savants maures dans l’histoire de l’astronomie, des mathématiques, de la cartographie et de la navigation. Ces instruments anciens racontent une vérité souvent oubliée: bien avant l’Europe moderne, des villes comme Fès, Marrakech ou Cordoue étaient déjà des centres majeurs de production scientifique et philosophique. Les astrolabes exposés à Oxford symbolisent cette circulation du savoir entre les civilisations. Le visiteur marocain que je suis, ressent une émotion particulière devant certains noms et certaines œuvres. Une occasion où la nostalgie se confond et épouse le réel. On y retrouve pèle mêle l’ombre intellectuelle de grandes figures comme Abbas Ibn Firnas, pionnier des sciences mécaniques et de l’astronomie, Al Idrissi, dont les cartes ont profondément influencé la connaissance du monde, ou encore Ibn Battouta, incarnation du voyage savant entre continents et cultures. Le musée conserve également des instruments liés à la tradition scientifique musulmane développée par des savants tels que Al Khwarizmi, ou Ibn Al Haytham, dont les travaux sur l’optique ont influencé durablement la science européenne. À travers ces objets, Oxford rappelle discrètement que la renaissance européenne fut aussi nourrie par des traductions arabes des échanges méditerranéens et des savoirs venus du Maghreb et d’Al-Andalus. Les échanges intellectuels les plus intenses étaient surtout autour du XIIe - XIIIe siècle, avec l’école des traducteurs de Gérard de Crémone, lui qui a encouragé la traduction des textes arabes en latin. Ainsi beaucoup de penseurs médiévaux ont connu les philosophes grecs. L'esprit d'Ibn Sina, de Ibn Rochd, d'Alkindi se mêle à celui de Newton et tant d'autres à qui l'humanité doit tout. Voir des objets marocains conservés dans l’une des universités les plus prestigieuses du monde suscite une émotion profonde. C’est la preuve matérielle que l'apport des scientifiques du Maroc appartient pleinement au patrimoine universel. Ces instruments ne sont pas de simples pièces de musée ; ils sont les témoins silencieux d’une époque où les savants marocains, andalous et musulmans observaient les étoiles pendant que l’Europe médiévale traversait encore ses siècles d’incertitude. Quelle émotion de voir gravé à Oxford le nom de Abdallah Ben Sassi alors qu'à Safi sa ville natale, le cimetière où il reposait a été rasé à jamais. Aucune trace d'un tel savant dans sa propre ville... Oxford offre ainsi une leçon discrète mais profonde : les grandes universités ne se contentent pas de former des diplômés. Elles créent des espaces où les cultures se rencontrent, où les mémoires scientifiques se croisent et où les différences deviennent une richesse intellectuelle. Dans un monde souvent tenté par le repli identitaire, cette diversité visible dans chaque rue d’Oxford apparaît comme une force civilisationnelle. C’est peut-être cela qui frappe le plus en parcourant les collèges d’Oxford : la coexistence harmonieuse entre héritage et ouverture. Les bâtiments semblent immobiles depuis des siècles, mais les visages changent sans cesse. Chaque année, une nouvelle jeunesse venue du monde entier redonne vie à ces lieux anciens. Et c’est précisément cette circulation des idées, des langues et des cultures qui permet à des universités comme Oxford de rester des centres d’excellence mondiale. En quittant les cours d’Oriel College, en longeant High Street sous une lumière inhabituelle en Angleterre (26° aujourd'hui) ou en ressortant des salles feutrées du History of Science Museum, on comprend que la grandeur d’une université ne réside pas uniquement dans son prestige académique. Elle réside surtout dans sa capacité à accueillir le monde entier, à transmettre le savoir sans frontières et à faire dialoguer les civilisations à travers les générations. Mais Oxford c'est aussi un beau modèle de chaussures. C'est de là, de cette atmosphère particulière et inspirante que je vous souhaite Aid Moubarak Saïd ...

Le football pris en otage par la culture de l’excuse : quand la défaite devient un complot 694

Le football est un sport de passion, d’émotion et d’identité collective. Il est souvent le prolongement d’un sentiment national, régional ou populaire. Cette puissance émotionnelle explique sa grandeur, mais elle explique aussi ses dérives. Depuis plusieurs années, une tendance inquiétante s’installe dans le football mondial : l’incapacité croissante de certains entraîneurs, dirigeants et acteurs du jeu à reconnaître simplement la supériorité de l’adversaire ou leurs propres insuffisances. Chaque défaite devient suspecte. Chaque décision arbitrale est transformée en scandale. Chaque élimination nourrit une théorie du complot. Cette culture de l’excuse n’est plus marginale. Elle devient suffisamment fréquente pour constituer un véritable problème moral, institutionnel et sécuritaire dans le football. La CAN 2025 en est le parfait exemple. Le dernier épisode en date illustre explicitement cette dérive; l’entraîneur de la sélection égyptienne U17, attribuant la défaite de son équipe à l’arbitrage. Même à un niveau de formation, où l’éducation sportive devrait primer sur la polémique, certains responsables préfèrent jeter le discrédit sur les arbitres plutôt que d’analyser lucidement les lacunes de leur équipe. La défaite n’est plus acceptée comme une réalité sportive Le football repose pourtant sur un principe fondamental : il y a un vainqueur et un vaincu. La défaite fait partie intégrante du sport. Elle devrait être analysée, comprise et utilisée comme un levier de progression. Or, de plus en plus, certains entraîneurs refusent cette évidence. Ils préfèrent désigner des responsables extérieurs : * l’arbitre ; * les institutions ; * la VAR ; * les calendriers ; * les conditions climatiques ; * les supposés complots continentaux ou internationaux. Rarement ils évoquent : * leurs mauvais choix tactiques ; * l’absence d’engagement de certains joueurs ; * la faiblesse technique ou mentale de leur équipe ; * une mauvaise préparation ; * ou simplement la qualité supérieure de l’adversaire. Cette attitude traduit une profonde crise de responsabilité dans le football contemporain. La stratégie de diversion devenue dangereuse Dans beaucoup de cas, l’accusation contre l’arbitrage sert avant tout à protéger l’image de l’entraîneur ou du club. Reconnaître ses erreurs demande du courage. Accuser l’arbitre permet au contraire de détourner la colère des supporters. Cette stratégie peut sembler efficace à court terme, mais elle produit des dégâts considérables. D’abord, elle nourrit une méfiance permanente envers les institutions footballistiques nationales, des confédérations continentales comme Confédération africaine de football et même de FIFA. Ensuite, elle contribue à radicaliser les supporters. Quand un entraîneur affirme publiquement qu’une défaite est le résultat d’une injustice ou d’une manipulation, il légitime la colère, l’agressivité et parfois voire surement la violence de milliers de personnes. Dans certains contextes, ces accusations ont provoqué des agressions d’arbitres, des envahissements de terrain, des violences urbaines, des ruptures diplomatiques sportives et des campagnes de haine sur les réseaux sociaux. Le football cesse alors d’être un espace de compétition pour devenir un terrain de suspicion permanente. Le poison du complotisme sportif est manifeste. L’un des phénomènes les plus graves est l’installation d’un véritable complotisme footballistique. Certaines défaites ne seraient jamais dues au mérite adverse mais à des forces occultes : arbitres corrompus, fédérations partiales, confédérations hostiles et décisions téléguidées. Cette logique est destructrice car elle supprime toute culture de l’autocritique. Comment progresser tactiquement lorsqu’on refuse d’admettre ses erreurs ? Comment former des jeunes joueurs à l’esprit sportif lorsqu’on leur apprend que la défaite est forcément injuste ? Comment construire des institutions crédibles lorsqu’elles sont continuellement attaquées sans preuve ? Le plus inquiétant est que cette mentalité atteint désormais les catégories de jeunes. Or, le football de formation devrait précisément enseigner le respect, l’apprentissage, la discipline mentale et l’acceptation du résultat sportif. Lorsqu’un sélectionneur U17 préfère accuser l’arbitrage plutôt que reconnaître les limites de son équipe, il transmet un message extrêmement nocif aux jeunes générations. Les grands entraîneurs assument leurs responsabilités. L’histoire du football montre que les plus grands entraîneurs sont souvent ceux qui savent reconnaître leurs erreurs. Des techniciens de très haut niveau comme Carlo Ancelotti, Pep Guardiola ou encore Jürgen Klopp ont régulièrement admis publiquement des erreurs tactiques, de mauvais choix de composition, des insuffisances mentales de leurs équipes ou la supériorité de l’adversaire. Cette attitude ne diminue pas leur prestige ; elle renforce au contraire leur crédibilité. Reconnaître une défaite n’est pas une humiliation. C’est une preuve de maturité, de compétence et de responsabilité. Faut-il sanctionner les accusations irresponsables ? La question mérite désormais d’être posée sérieusement : jusqu’où peut-on laisser certains responsables jeter gratuitement le discrédit sur les institutions footballistiques ? La liberté d’expression doit évidemment être protégée. Les erreurs arbitrales existent. La critique du football est légitime. Mais il existe une différence fondamentale entre une critique argumentée et une accusation permanente visant à délégitimer les arbitres et les institutions sans preuve. Des règlements plus stricts devraient être envisagés pour sanctionner les accusations infondées, les déclarations incitant à la haine contre les arbitres, les propos complotistes sans éléments factuels ou encore les campagnes de discrédit systématique contre les institutions sportives. Ces sanctions pourraient inclure des amendes, des suspensions, des obligations de rétractation publique voire des interdictions temporaires de banc de touche. Protéger l’autorité arbitrale et la crédibilité des institutions n’est pas un luxe ; c’est une nécessité pour préserver l’avenir du football. Il faut absolument restaurer la culture de la responsabilité. Le football a besoin de retrouver cette valeur essentielle. Un entraîneur doit pouvoir dire : * « Nous avons perdu parce que nous avons été moins bons. » * « Mon plan tactique n’a pas fonctionné. » * « Mes joueurs n’ont pas été à la hauteur. » * « L’adversaire a été supérieur. » Ces phrases devraient être normales dans le sport de haut niveau. Pourtant, elles deviennent rares. À force de transformer chaque revers en scandale, le football s’éloigne de ses valeurs fondamentales de mérite, de l’effort de l’apprentissage ; et de respect de la compétition. La grandeur du sport ne réside pas seulement dans la victoire. Elle réside aussi dans la dignité avec laquelle on accepte la défaite. Je ne sais pas si Pape Thiaw va partager cet avis. Il devrait pourtant. Les médias aussi devraient.

Réformer l’école : de l’accumulation du savoir à la compétence d’apprendre... 745

Nous ne naissons pas pour tout connaître, mais pour tout apprendre. Cette phrase, simple en apparence, devrait être la boussole et la focale de toute réflexion sérieuse sur l’enseignement et le devenir des générations actuelles et à venir. Or, depuis trop longtemps, nos systèmes scolaires reposent sur une illusion survivante, tenace, celle de remplir l’esprit des élèves comme on remplit une armoire et y ranger des savoirs dans un ordre donné, empiler des dates et des définitions, exiger des restitutions mécaniques à l'identique et sanctionner le tout par un papier dit diplôme. Cette logique appartient au XXe siècle. Elle n’a plus sa place dans le monde d’aujourd’hui. Il faut absolument le comprendre et l’admettre surtout. Le savoir n’est plus un stock figé. Il est omniprésent, instantané, en perpétuel renouvellement avec une cadence de plus en plus accélérée. Les réponses se trouvent à portée d’écran ; la difficulté n’est plus d’accéder à l’information mais de la comprendre, de l’intégrer et d’en faire quelque chose. Ce qui devient rare et donc précieux, c’est la capacité à apprendre, à chercher, à trier, à critiquer, à connecter, à douter et à inventer. L’enjeu n’est plus la quantité de connaissances emmagasinées, mais la qualité des compétences intellectuelles acquises et affichées. Apprendre à apprendre doit cesser d’être un slogan et devenir la finalité pédagogique première. Pourquoi est ce pertinent et si évident ? Parce qu’un enfant formé à chercher saura s’adapter aux métiers qui n’existent pas encore. Pour la première fois de notre histoire récente, ce sont les enfants d'aujourd'hui qui vont imaginer, créer et développer leurs métiers prochains. Un esprit entraîné au raisonnement résistera mieux aux manipulations, aux fausses évidences, et évitera l'égarement. Un citoyen capable de lire le monde pourra s’y situer, agir et transformer. Dans un environnement où technologies, marchés et normes évoluent à grande vitesse, préparer des élèves à des examens qui figent des savoirs, c’est les abandonner face à l’incertitude, voire les figer et les dérouter. La transformation espérée exige des choix précis, pas seulement des intentions. Il faut impérativement changer les priorités pédagogiques et institutionnelles : - Remplacer la récitation mécanique par des démarches actives de résolution de problèmes et de projets concrets, individuels ou collectifs. - Former au raisonnement critique, chercher et vérifier la source, reconnaitre les biais, procéder à la vérification et aux évaluation des preuves. - Alléger les programmes pour concentrer les efforts sur les compétences transversales basées sur la méthode, l'argumentation et la créativité. - Cultiver la curiosité et la mise en pratique plutôt que la peur de l’erreur. - Reconnaître l’erreur, voire l’échec, comme source d’apprentissage, et non comme stigmate. Ces orientations impliquent de reconfigurer les pratiques d’évaluation. Ainsi, il y a lieu d'évaluer moins la restitution et davantage la capacité à mobiliser des connaissances dans des situations inédites. Elles demandent aussi d’investir massivement dans la formation des enseignants. Le professeur n’est plus seulement un transmetteur ; il doit être formé comme facilitateur d’apprentissage, concepteur d’activités, maître dans l’art du questionnement, accompagnateur de l’autonomie. Valoriser ce rôle, c’est valoriser l’intelligence collective de la nation et en faire un levier de développement de la personne et de la collectivité. Au-delà des salles de classe, c’est un choix de civilisation qui se joue. Deux modèles s’opposent aujourd'hui : celui qui produit des exécutants, capables d’exécuter des tâches répétitives mais vulnérables face au changement, et celui qui forge des citoyens pensants, capables de débattre, d’innover et de prendre des décisions éclairées avec courage et conviction. Dans un monde traversé par l’intelligence artificielle, les fractures informationnelles et les crises identitaires, l’éducation n’est plus un simple secteur public ; elle est un enjeu stratégique de souveraineté nationale et culturelle. Elle est surtout la seule garantie pour un avenir radieux. Prétendre tout enseigner devient non seulement vain, mais dangereux. Il est plus pertinent et plus éthique de donner aux jeunes les outils pour apprendre toute leur vie sans interruption. Ils doivent apprendre à poser de bonnes questions, à lire les contextes, à confronter les points de vue et à construire des jugements argumentés. C’est cette capacité permanente d’apprentissage qui permettra à la fois l’émancipation individuelle et la résilience collective. Nous ne sommes pas nés pour tout connaître. Mais nous avons reçu le pouvoir d’apprendre sans cesse. Toute grande réforme éducative devrait partir de cette évidence et en faire l’impératif opérationnel. Espérons retrouver cette thématique dans les programmes des partis politiques lors de la campagne à venir et qu'un débat authentique, responsable et éclairé, autour d'une véritable réforme de notre enseignement, soit finalement engagé, indépendamment de toute idéologie dépassée ou de préjugées désuets.

Méditerranée : sortir du récit biaisé d’un Nord dominant et d’un Sud passif... 787

L’histoire des relations entre les deux rives de la Méditerranée a longtemps été racontée à travers une grille de lecture déséquilibrée. Le Nord y apparaît comme le moteur, le centre de l’innovation et de la modernité, tandis que le Sud est relégué au rang de périphérie, de simple récepteur ou de zone d’ombre. Ce récit, largement hérité des constructions intellectuelles européennes modernes, continue d’influencer les discours académiques, médiatiques et politiques. Cette lecture est non seulement incomplète, mais historiquement erronée et souvent orientée. La Méditerranée n’a jamais été une frontière figée entre deux mondes séparés. Elle a toujours été un espace d’échanges, de circulations et d’influences réciproques. Dès l’Antiquité, elle relie des civilisations africaines, levantines, européennes et orientales dans un même continuum historique. Phéniciens, Carthaginois, Égyptiens, Numides et, plus tard, les civilisations musulmanes ont joué un rôle décisif dans la structuration des échanges commerciaux, culturels et scientifiques. L’idée d’une Europe autonome, source unique de la modernité, est une reconstruction tardive. En réalité, l’Europe s’est aussi construite grâce au Sud. - L’effacement des Maures et des Amazighs L’un des angles morts les plus graves de ce récit dominant concerne l’apport amazigh. Les Amazighs ou les Maures ne sont pas un élément secondaire de l’histoire méditerranéenne ; ils en sont l’un des acteurs majeurs. Leur rôle a été déterminant dans la formation de l’espace nord-africain, mais aussi dans l’histoire de l’Europe du Sud. L’archéologie atteste ce rôle majeur des Amazighs à travers les siècles. De l’Espagne au Portugal, du sud de l’Italie à la Sicile, l’empreinte amazighe est réelle, profonde et durable. La conquête de la péninsule Ibérique au VIIIe siècle, menée par Tariq ibn Ziyad à la tête d’une armée majoritairement amazighe, reste un moment fondateur. Pourtant cette réalité est souvent minimisée au profit d’un récit arabo-centré qui efface la composante berbère. Or, sans les Amazighs, il n’y aurait pas eu d’implantation durable du monde musulman en Europe occidentale. - Al-Andalus et la Méditerranée occidentale. Réduire Al-Andalus à une simple extension du monde arabe est une simplification excessive, voire erronée. Les dynasties qui ont marqué son apogée, notamment les Almoravides et les Almohades, sont d’origine amazighe. Elles ont profondément influencé l’organisation politique, les structures militaires, la pensée religieuse, l’architecture et les formes de pouvoir en Méditerranée occidentale. Le sud de l’Espagne et du Portugal porte encore aujourd’hui les traces visibles de cette présence. Un détour par Cáceres, en Estrémadure, suffit à s’en convaincre : nombre de toponymes, d’éléments urbains et d’héritages architecturaux évoquent cette histoire. Certaines ruelles y sont en core dites Derb. L’histoire urbaine, les réseaux d’irrigation, certains héritages architecturaux, mais aussi les circulations de savoirs témoignent de cette contribution. Ignorer cette dimension revient à mutiler l’histoire réelle de la région. Aujourd’hui, l’arrivée des Maures en Espagne est encore célébrée de diverses façons. Cette présence ne se limite pas à la péninsule Ibérique. En Sicile et dans le sud de l’Italie, les contacts entre Nord-Africains et Européens ont également été constants, notamment à travers les dynamiques islamiques, normandes et commerciales. Là encore, les récits simplificateurs parlent trop souvent d’« influence arabe » en bloc, en gommant la diversité des acteurs historiques. Il m’est arrivé, il y a quelques années à Palerme, de rencontrer un historien, dont j’ai malheureusement oublié le nom, qui m’a montré les multiples apports des Maures dans la région et les nombreuses similitudes avec la ville d’Azemmour, notamment les portes urbaines équipées d’un ingénieux mécanisme à rondins. - Un effacement politique. Cet oubli n’est ni accidentel ni neutre. Il s’explique par plusieurs biais cumulés. D’abord l’eurocentrisme, qui peine à reconnaître que des populations africaines ont contribué à la formation de l’Europe. Ensuite une historiographie arabo-centrée, qui homogénéise le monde musulman en invisibilisant ses composantes non arabes. Enfin l’héritage colonial, qui a besoin de simplifier l’histoire pour légitimer une hiérarchie civilisationnelle. Le résultat est toujours le même : les Amazighs sont relégués à un rôle secondaire, voire folklorique, alors qu’ils ont été des acteurs structurants de l’histoire méditerranéenne. Comment expliquer la similitude linguistique entre le Maroc et Malte ? Comment expliquer que de nombreux chrétiens et juifs aient étudié, assis sur des nattes tressées, à la Qaraouiyine et obtenu ses diplômes ? - Réhabiliter une histoire partagée. Corriger ce biais ne consiste pas seulement à ajouter quelques noms ou épisodes oubliés. Il faut repenser la narration elle-même. La Méditerranée n’est pas un espace où le Nord produit et le Sud reçoit. C’est un espace de co-construction permanente. Les historiens, en s’appuyant notamment sur des données archéologiques, doivent rétablir les vérités historiques et orienter les récits. Réhabiliter cette histoire implique de reconnaître : - la pluralité des centres de production historique; - l’apport décisif des civilisations africaines, notamment amazighes; - la part arabe, mais aussi non arabe, des dynamiques islamiques; - les interactions constantes entre les deux rives, au-delà des conflits. Il ne s’agit pas d’inverser une domination symbolique pour en créer une autre, mais de rétablir la complexité de la construction civilisationnelle de l’ensemble du pourtour méditerranéen. - Dépasser l’opposition Nord–Sud. La Méditerranée n’est ni une simple frontière ni une ligne de fracture. Elle est un continuum historique, culturel et humain. La réduire à une opposition entre un Nord actif et un Sud passif, c’est prolonger un héritage intellectuel issu de la domination coloniale. La considérer comme un espace partagé permet de restituer les circulations, les influences croisées et les contributions oubliées. Parmi elles, l’apport amazigh occupe une place centrale, que l’histoire dominante a trop longtemps minorée. Restituer cette mémoire n’est pas réécrire l’histoire : c’est la réparer.

Le “Hargaoui”, miroir d’un malaise marocain.. 872

Il aura suffi d’un mot, repris par Hassan El Fad, pour déclencher une immense polémique. Comme souvent, un humoriste aura réussi là où sociologues, politologues et éditorialistes peinent parfois à provoquer le débat et mettre des mots simples sur un phénomène complexe. Le terme “Hargaoui”, tel qu’il a été utilisé et expliqué par Hassan El Fad, dépasse largement la caricature humoristique. Ce concept décrit en réalité une attitude sociale devenue familière dans le paysage marocain contemporain. Une posture faite d’incivisme, d’arrogance sociale, de frustration permanente et surtout d’un refus quasi pathologique de reconnaître toute avancée collective. Le Hargaoui n’est jamais satisfait. Il vit dans une contradiction permanente. Il profite amplement des transformations du pays tout en les dénigrant systématiquement. Cette figure sociologique purement marocaine mérite d’être analysée avec sérieux tant elle révèle certaines fractures profondes de notre société. Le Hargaoui n’est pas forcément pauvre, marginalisé ou exclu. Bien au contraire. On le retrouve souvent parmi ceux qui ont réussi matériellement aussi. Certains nouveaux riches en sont même devenus l’expression caricaturale. Argent récent, ascension rapide, absence de culture citoyenne et volonté d’afficher une domination sociale permanente. Tout devient permis: Le code de la route ? Facultatif. Le respect des espaces publics ? Inutile. La politesse élémentaire ? une faiblesse. Les règles communes ? Réservées aux autres. Le Hargaoui considère que sa réussite financière lui donne tous les droits. Il confond liberté et absence de limites. Il transforme la réussite économique en permis de mépris. Mais le phénomène ne s’arrête pas là. Le Hargaoui est souvent imbu de sa propre force, réelle ou supposée. Il transforme sa frustration en démonstration permanente de domination sur la société. Barre de fer à la main, il exhibe sa violence comme d’autres exhibent une réussite. Il casse des voitures, saccage un stade, détruit des biens publics sans jamais mesurer que derrière chaque vitre brisée, chaque siège arraché, c’est la collectivité tout entière qu’il agresse. Sur sa moto, ce n’est plus de la conduite mais un véritable rodéo urbain où le danger devient spectacle. Sur l’autoroute, les limitations de vitesse ne concernent que les autres. A 180 km/h, il croit défier le monde alors qu’il défie surtout la mort. Dans les rues de sa ville, rouler à 60 km/h lui paraît presque une humiliation. Même lorsqu’il accompagne ses enfants à l’école, il fait fi du respect des règles les plus élémentaires. La deuxième position devient un droit acquis, bloquer la circulation et imposer son désordre à tous ne le dérange point. Le Hargaoui ne supporte aucune contrainte collective parce qu’au fond il considère la société non comme un espace partagé, mais comme un territoire qu’il doit dominer. Il existe également ou hélas le Hargaoui politique, intellectuel et médiatique aussi. Celui qui nie systématiquement les progrès du Maroc, quels qu’ils soient. Infrastructures, diplomatie, sport, industrie, tourisme, énergie, grands projets, influence africaine, TGV, organisation de la Coupe du monde 2030… tout doit être minimisé, suspecté ou tourné en dérision. Dans cette logique, reconnaître une réussite nationale devient presque un acte de naïveté. Le pessimisme devient un signe supposé d’intelligence supérieure. Pourtant, aucune société ne peut avancer durablement dans l’autodénigrement permanent. Critiquer est certes nécessaire. Même indispensable. Une nation progresse grâce au débat, à la remise en question et à l’exigence citoyenne. Mais il existe une différence fondamentale entre critique constructive et destruction psychologique collective. Le Hargaoui refuse cette nuance. Le Hargaoui c'est aussi cet homme politique qui raconte du n'importe quoi, fait des promesses invraisemblables, ment comme il respire, développe des propos sans queue ni tête et pratique le mépris du citoyen. De surcroit, il se pense seul intelligent parmi tous. C'est l'élu, qui en réunion, se lève, insulte ses collègues, casse le mobilier puis s'en va...gentiment... Il ne cherche pas à améliorer. Il cherche à rabaisser. Son discours n’est pas porté par le souci du bien commun mais par une colère diffuse, parfois nourrie par la frustration sociale, parfois par un ressentiment, parfois simplement par une forme de vide identitaire ou de jalousie maladive. Le Hargaoui c'est ce voisin qui se prend pour le défenseur de Dieu sur terre. Qui passe sa vie à donner des leçons sur la droiture alors que foncièrement il en manque lui même. C'est celui qui se pense rempart des grandes causes mais bien sur, bien loin des véritables champs de bataille. Celui qui va brandir le drapeau d'un autre pays mais oublie que son devoir c'est d'abord de défendre le sien. C'est ce sportif qui après deux passes et une première prime pense déjà que c'est une star et ne respire presque plus...Ce jeune qui après deux notes de musique se dit artiste et cherche à ce qu'on le reconnaisse bezzaz dans la rue. Le Hargaoui c'est aussi ce fraudeur du fisc, ce fonctionnaire toujours absent, cet enseignant qui dort en classe... Les réseaux sociaux ont considérablement amplifié ce phénomène. Ils ont donné une visibilité gigantesque à l’incivisme spectaculaire, à la vulgarité assumée et à l’indignation permanente. Plus un comportement choque, plus il attire l’attention. Plus un discours est outrancier, plus il devient viral. Le Hargaoui numérique est né. Il coupe les files d’attente et filme ensuite son exploit. Il humilie les autres pour exister. Il transforme l’insulte en opinion. Il considère le cynisme comme une preuve de lucidité. Or, ce comportement intervient paradoxalement à un moment où le Maroc connaît l’une des périodes les plus importantes de son histoire contemporaine. Le pays investit massivement dans les infrastructures, accélère sa modernisation industrielle, consolide ses acquis diplomatiques et prépare des événements mondiaux majeurs. Cette accélération historique exige clairement autre chose : une citoyenneté mature. Le véritable défi du Maroc n’est plus seulement économique. Il devient culturel et comportemental. On peut construire les plus belles routes, les plus grands ports et les stades les plus modernes ; si le civisme ne suit pas, la modernité restera incomplète. C’est là où la polémique autour du mot “Hargaoui” devient intéressante. Parce qu’elle touche une vérité sensible. Une vérité qui dérange précisément parce qu’elle est visible au quotidien. Le Maroc change rapidement. Mais certains comportements restent prisonniers d’une mentalité où la réussite individuelle se construit contre la collectivité au lieu de participer à son élévation. Au fond, la question posée par Hassan El Fad est simple : voulons-nous devenir une société moderne uniquement par les infrastructures ou également par les comportements ? La réponse déterminera sans doute le véritable visage du Maroc de demain.

Adieu Hamad Kalkaba Malboum, mon ami, mon frère, mon président. 894

La disparition de Hamad Kalkaba Malboum, mon ami, mon frère, mon président, marque un tournant douloureux pour le sport africain. Avec lui s’éteint l’un des derniers grands bâtisseurs d’une génération qui croyait que l’Afrique pouvait conquérir sa place dans les instances sportives mondiales non pas par la plainte, la victimisation ou la marginalité, mais par le travail, l’organisation et la constance. Né en 1950 à Kawadji, près de Kousséri, (Extrême-Nord du Cameroun), pays qu'il chérissait tant, Hamad Kalkaba Malboum aura traversé plusieurs vies en une seule existence. Il fut militaire, gendarme, athlète, administrateur, diplomate sportif et, surtout, militant infatigable de la cause sportive camerounaise et africaine. Façonné par la rigueur d'Officier supérieur de l’armée et de la gendarmerie, il comprit très tôt que le sport n’était pas seulement un divertissement, mais un instrument de souveraineté, d’influence et de cohésion nationale. Lui-même pratiqua le handball et l’athlétisme dans sa jeunesse, portant les couleurs du Cameroun dans les années 1970. Mais c’est surtout en dehors des pistes qu’il allait laisser une empreinte historique. Lorsque Hamad Kalkaba accède progressivement aux responsabilités sportives continentales, l’athlétisme africain vit encore dans l’ombre des grandes puissances occidentales. Les champions africains existent déjà, mais les centres de décision restent ailleurs. L’Afrique fournit les talents, rarement les décideurs. Il va consacrer sa vie à modifier cet équilibre. À la tête du Comité National Olympique et Sportif du Cameroun dès la fin des années 1990, puis surtout à la présidence de la Confédération africaine d’athlétisme à partir de 2003, il devient l’une des voix les plus écoutées du continent dans les sphères sportives internationales. Son combat fut permanent: donner à l’Afrique les moyens d’organiser, de gouverner et de penser son propre sport. En 2006, lorsque j’ai quitté la Fédération Royale Marocaine d’Athlétisme, dès qu’il apprit la nouvelle, prit son téléphone et me dira: «C’est dommage pour le Maroc que tu aies quitté la Fédération. Veux-tu servir l’Afrique à mes côtés ?» Voilà comment il m’avait convaincu de dire oui. «Servir» : le maître mot de Kalkaba. Ceux qui l’ont côtoyé savent que telle était sa philosophie de vie : servir. D’abord, une planification rigoureuse est mise en place. Un plan décennal est adopté en assemblée générale, puis un second dix ans après. Le cap était tracé, clair, avec pour objectif un développement tous azimuts de l’athlétisme africain. Mise en place des championnats continentaux pour les U18, les U20. Mise et de cross-country. Le nombre de pays participants devait augmenter, et celui des athlètes doubler. Des centres de préparation sont ouverts au profit des athlètes, à Lomé, à Port Harcourt, à Abidjan. La mission des centres de Maurice, du Caire et de Nairobi allait être revisitée. L’accent est mis sur la formation des athlètes et des encadrants. Et les résultats ne se feront pas attendre. L’Afrique remporte la Coupe du monde intercontinentale à plusieurs reprises. Le niveau des athlètes africains s’améliore, et au moins trois pays figurent parmi les 10 premiers à chaque édition des championnats du monde et des JO. Sous son impulsion, les championnats africains gagnent en visibilité, se structurent et plusieurs pays africains commencent à accueillir des événements d’envergure internationale. Il défend sans relâche l’idée que l’athlétisme est le véritable sport-roi en Afrique, celui qui offre au continent ses plus grandes émotions olympiques et la reconnaissance mondiale. Quelques jours avant sa disparition, il rappelait encore cette conviction profonde: «L’Afrique reste un berceau important de l’athlétisme mondial.» Cette phrase résume toute sa vision. Pour lui, l’Afrique n’était pas un simple réservoir de talents destinés à enrichir d’autres nations. Elle devait devenir une puissance sportive organisée, respectée et influente, dénonçant la fuite des talents, les naturalisations massives d’athlètes africains et le manque d’investissement des États dans les infrastructures sportives. Son militantisme dépassait d’ailleurs largement l’athlétisme. Il joua un rôle important dans le sport militaire via le CISM qu'il présida et à l'Organisation des sports des états islamiques où il est vice président. Récemment il a amené ses paires à constituer la CASOL une instance réunissant les Confédérations Africaines Sportives. Hamad Kalkaba croyait au sport comme outil diplomatique et géopolitique. Lors d’une conférence donnée récemment à l’Institut des relations internationales du Cameroun, il expliquait que le sport était devenu un instrument majeur de soft power, de paix et de rayonnement international pour les nations africaines. Lui avait compris, avant beaucoup d’autres, que le sport mondial était aussi un espace de rapports de force politiques, économiques et culturels. Il appartenait à cette génération de dirigeants africains qui avaient encore une vision continentale du sport. À l’image de Lamine Diack, auquel il rendait récemment un hommage poignant, Hamad Kalkaba considérait l’athlétisme africain comme un patrimoine commun à défendre collectivement. Les critiques n’ont évidemment jamais manqué durant son long règne. Comme toute figure de pouvoir ayant traversé plusieurs décennies, il fut parfois accusé d’incarner un système ancien, trop vertical ou insuffisamment renouvelé. Mais même ses adversaires reconnaissaient sa connaissance exceptionnelle des rouages du sport mondial et sa capacité rare à défendre les intérêts africains dans les grandes instances internationales. Sa disparition intervient alors même qu’il préparait encore les grands rendez-vous de l’athlétisme continental. Avec Hamad Kalkaba Malboum disparaît une certaine idée du dirigeant sportif africain: un homme de terrain, de réseaux, de conviction et de patience stratégique. Un homme qui pensait que l’Afrique devait apprendre à peser dans les institutions internationales au lieu de simplement y participer. Son héritage dépasse désormais les médailles, les congrès ou les compétitions organisées. Jusqu’au bout, il sera resté au service du sport africain qui ne doit plus être un figurant de l’histoire mondiale, mais l’un de ses acteurs centraux. Aujourd’hui, l’athlétisme africain perd bien plus qu’un dirigeant. Il perd un militant. Son ultime combat consistait à faire adopter la proposition selon laquelle les membres du conseil de World Athletics soient élus dans leurs continents respectifs, selon un quota réservé à chaque continent. Qui, après lui, défendra cette idée si constructive, qu’il avait adoptée au niveau du continent ? C’est de cela que nous discutions chez moi, il y a seulement une dizaine de jours et au téléphone avant hier... Repose en paix mon ami, mon frère, mon président. Rien ne sera plus comme avant à la CAA. Hamad dans sa jeunesse a aussi chanté...ici bas il chante à la gloire de Dieu...Ecoutez...
youtu.be/Jthq7kjOecU?si=uvPq_XND...

La Coupe du monde à l’épreuve du portefeuille : quand le football s’éloigne de son peuple 878

La Coupe du monde 2026 sera bien un « Mondial » mais pour l'élite économique seulement. L’attribution de la Coupe du monde de la FIFA 2026 aux États-Unis, avec le Canada et le Mexique, promettait d’incarner l’universalité du football sur un marché gigantesque. C'est la première édition décidée en assemblée générale et non par le bureau exécutif de la FIFA et ses excès. Le nombre de pays y sera plus élevé qu'auparavant. 48 nations de tous les continents seront là cette fois-ci. Pourtant, à un mois de l’événement, une réalité brutale s’impose. Cette édition risque d’être la plus inaccessible économiquement pour le supporter moyen, surtout pour les non-Américains, comme ceux d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et même ceux d’Europe. Celui qui, en temps normal, constitue la base de la frange consommant du football se réveille exclu économiquement de son spectacle quadriennal. Derrière l’euphorie habituelle, cette fois-ci, une inflation généralisée des coûts transforme le Mondial en luxe. La logique de marché y prime avec la maximisation des revenus via une segmentation du public et une expérience premium. Le billet n’est que la partie visible de l’iceberg. Tous les prix en relation avec l'événement ont augmenté de façon drastique. Cela était prévisible pour ceux qui savent comment marche l’économie aux USA. Les fans de football vont apprendre à leurs dépens ce qu’est le véritable libéralisme américain sans pitié. Le monde va découvrir comment les Américains consomment le spectacle sportif et les coûts importants qu’ils lui consacrent dans leur vie de tous les jours. * Les billets, un premier verrou dissuasif. Les prix officiels FIFA, publiés en février 2026, confirmaient déjà l’explosion. Pour un match de groupes dans la catégorie 4 (la plus accessible), comptez 60 à 200 USD. Ces prix, déjà excessifs, n'existent quasiment plus. Un choc comme Maroc-Brésil grimpa vite à 500-1 500 USD. Aujourd'hui, les billets pour les huitièmes dépassent les 300 USD, ceux des quarts au-delà de 600 USD, les demies à plus de 1 200 USD, et la finale à MetLife Stadium atteint 1 600 USD en catégorie 1, sans compter le marché secondaire, où les places pour la finale flirtent avec les 20 à 30 000 USD. Le prix d'un appartement social dans les banlieues de Rabat ou Casablanca. La FIFA justifie cela par 104 matchs (48 équipes) et une grosse demande, mais pour le supporter marocain ou sénégalais, c’est un rêve brisé. (J'espère que d’ici là, ces deux-là retrouvent leur amitié légendaire.) * Les transports et l’éclatement géographique pèsent lourd. Voler depuis Casablanca ou Paris vers les USA coûte normalement 800 à 1 500 USD en aller-retour, en temps normal. Pour le Mondial, les tarifs grimpent à 1 800 voire 3 000 USD (données Kayak/Skyscanner en mai 2026). Avec 16 villes hôtes étalées sur 5 000 km, suivre son équipe exige des vols internes à 300 voire 600 USD chacun (ex. : New York-Los Angeles) et bien sûr des vols internationaux longs et coûteux quand il s'agit de voyager à partir ou pour Vancouver ou Mexico. Pour trois matchs aux USA, ajoutez donc facilement 1 000 à 2 000 USD pour le transport. * L’hébergement, les autres dépenses au quotidien et l’explosion des prix. À New York, Los Angeles ou Miami, un hôtel moyen passe de 200 USD à 400 voire 700 USD la nuit, pendant l’événement (projections Booking.com). Une semaine coûtera donc de 2 500 à 5 000 USD. Airbnb suit aussi, avec des hausses de 200 à 300%. Pour la restauration, comptez entre 70 et 120 USD/jour (repas simples). Ajoutez aussi le visa ESTA (21 USD), l’assurance voyage (100-200 USD) et autres dépenses et imprévus. * Le bilan chiffré pour un supporter seul (1 semaine, 3 matchs) est de l’ordre de 4 500 à 7 000 USD. Pour une famille de quatre, comptez 15 000 à 25 000 USD. Ces montants excluent systématiquement les non-Américains à faible pouvoir d’achat, comme les fans africains pour ce qui nous concerne. Sans oublier bien sûr ceux qui vont devoir laisser aux consulats, dans leur pays, une caution qui peut atteindre 15 000 USD pour obtenir le visa d’entrée aux USA. Cette dynamique marginalise le supporter traditionnel, celui des tribunes vibrantes, traversant les continents pour son équipe. Celui pour qui le Qatar, tant critiqué, avait tout de même prévu des containers aménagés et qui, entre les matchs, traînait du côté de Souk Waqif… Les stades, en attendant 2030, risquent une sociologie altérée avec plus de corporate et moins de ferveur populaire. La FIFA promeut l’inclusivité (loteries billets, partenariats low-cost), mais ses choix, avec 60% des revenus de billetterie/marketing, interrogent vraiment. Au-delà de l’économie, il y a aussi une problématique culturelle. Adieu au brassage populaire des anciens Mondiaux. 2026 pourrait marquer un tournant sociologique radical. Le football est de plus en plus mondialisé, mais devient ainsi de plus en plus élitiste. La question est donc de savoir à qui appartient le Mondial ? Aux fans ou aux acteurs économiques ? La FIFA a-t-elle oublié qu’elle n’est que l’association de toutes les fédérations nationales ? N’est-elle pas en train de faillir à l’une de ses véritables missions historiques ? Le modèle actuel est-il soutenable sans trahir l’essence populaire du football ? Le fait que son président apparaisse aux côtés des grands de ce monde ne devrait pas lui faire oublier la mission qu’il incarne comme représentant du petit pied nu qui, quelque part dans le monde, court derrière un ballon. La réponse à ces questions et tant d’autres façonnera l’avenir de l’événement le plus populaire de la planète. Un espoir tout de même : dès 2030, la plus grande fête sportive reviendra vers des pays qui respirent le football ; à moins que là aussi le business ne prime…

Brahim Ghali ou l’art de gouverner une république invisible... 948

Il faut lire certaines lettres pour comprendre à quel point le réel peut être douloureux pour ceux qui ont décidé depuis longtemps de le fuir. La missive de deux pages adressée par Brahim Ghali au secrétaire général de United Nations le 10 mai 2026, dans l'anglais qu'on lui connait, relève précisément de cette littérature politique fantastique où l’on réécrit le monde avec la conviction désarmante de celui qui pense encore que les années 1970 n’ont jamais pris fin. Dans ce "document solennel", daté depuis “Bir Lahlou” ce lieu mythologique davantage utilisé comme décor épistolaire que comme véritable capitale diplomatique, le chef du Polisario dénonce tout le monde ou presque. Chacun en a pour son compte: Le Maroc, les grandes puissances, les soutiens internationaux du Royaume, les médias, les résolutions interprétées à sa manière, et probablement demain la rotation de la Terre autour du Soleil. Le plus fascinant dans cette prose "révolutionnaire" est cette capacité intacte à parler comme si le Polisario dirigeait tout simplement le centre du monde. On y retrouve les vieux réflexes rhétoriques des mouvements tiers-mondistes congelés dans le formol idéologique : “occupation”, “colonialisme”, “agression”, “guerre ouverte”, “crime international”… Il ne manque finalement que quelques références à Castro et une citation du Che à la radio clandestine et quelques cliquetis des machines à écrire soviétiques. Pendant ce temps, le monde réel avance. Des pays reconnaissent la marocanité du Sahara ou soutiennent ouvertement le plan d’autonomie marocain. Même des États traditionnellement prudents prennent désormais position avec un pragmatisme croissant. Les grandes capitales parlent investissements, corridors atlantiques, stabilité régionale et sécurité énergétique. Mais à Tindouf, on continue manifestement à rédiger des communiqués comme si le mur de Berlin était encore debout. Le texte devient même involontairement comique lorsqu’il accuse le Maroc de “désinformation” tout en décrivant une guerre quasi planétaire que personne ne semble voir, hormis les rédacteurs du Polisario eux-mêmes ou ceux en back office situé à 1824 kilomètres. Une guerre tellement intense que les touristes affluent à Dakhla, que les investissements explosent à Laâyoune et que les consulats étrangers continuent d’ouvrir leurs portes dans les provinces du Sud. Le contraste est saisissant. D’un côté, un Maroc qui construit ports, routes, infrastructures, zones industrielles et ambitions atlantiques. De l’autre, une direction séparatiste qui en est encore à envoyer des lettres indignées à l’ONU en espérant réveiller un logiciel diplomatique que même ses anciens soutiens ont commencé à désinstaller. Le passage le plus révélateur demeure sans doute celui où Brahim Ghali évoque une “guerre ouverte” tout en réclamant simultanément le retour à un cessez-le-feu dont son mouvement annonce régulièrement lui-même la caducité depuis 2020. Une logique circulaire digne des meilleurs sketches absurdes : le cessez-le-feu est mort, mais il faudrait revenir à ce qui n’existe plus, afin de dénoncer celui qui l’aurait détruit, tout en proclamant continuer la guerre… sans que celle-ci ne modifie le moindre rapport de force sur le terrain. Dans cette lettre, le Polisario ressemble finalement à ces vieux aristocrates ruinés qui continuent à signer des chèques sans provision depuis un château abandonné. Le ton est grandiloquent, les accusations tonitruantes, mais derrière le décor il y a une réalité brutale : l’épuisement politique d’un appareil qui survit davantage par inertie diplomatique que par dynamique historique. Et puis il y a cette constante obsession pour le Maroc. Car tout tourne autour du Royaume. Le Polisario vit contre le Maroc, parle du Maroc, pense le Maroc, accuse le Maroc, rêve du Maroc. Pendant que Rabat parle mondialisation, Afrique atlantique, Coupe du monde 2030 et intégration économique, les dirigeants séparatistes continuent à rédiger des lettres comme des résistants oubliés d’une "révolution" que l’Histoire a déjà classée aux archives. Ce ci, si on veut bien admettre que c'est Ghali qui a rédigé la lettre...Il en est incapable. Et ca tout le monde le sait aussi. Le plus cruel pour Brahim Ghali n’est peut-être pas que le monde lui donne tort. C’est que le monde, progressivement, cesse simplement de l’écouter. Ca doit être dur pour lui et les siens...alors ayons pitié de ces humains égarés et rigolons au lieu de condamner. Si Nabyl Lahlou était encore parmi nous et avait lu ces deux pages, il aurait sans doute imaginé une pièce de théâtre avec pour titre: Brahim Ghali ou l’art de gouverner une république invisible depuis une géographie imaginaire...Il avait le don des choses absurdes.

Smara, le Polisario et l'entreprise hasardeuse… 925

Une nouvelle fois, Smara, ville emblématique du sud du Maroc a été visée. Encore une fois, des projectiles tirés par le Polisario sont venus rappeler que derrière les discours figés de la diplomatie régionale subsiste une réalité bien plus brutale: celle d’un état et d'un mouvement armé qui refusent l’évolution du dossier du Sahara vers une solution politique réaliste et définitive. Pourquoi Smara tout particulièrement ? C’est probablement pour la symbolique. C’est un centre du soufisme marocain et c’est là que les tribus de la région prêtaient allégeance aux sultans de l’Empire chérifien. C’est aussi de là que part la nouvelle jonction routière avec la Mauritanie. Une route appelée à jouer un rôle important dans le développement de la région et le désenclavement du Sahel. Cette fois, pourtant, quelque chose a changé. Le monde ne s’est pas contenté d’observer en silence les agissements hasardeux du Polisario. Les condamnations ont été rapides, fermes et explicites. Les USA, à travers leur représentation à l'ONU mais aussi leur ambassade à Alger, ont adopté un ton particulièrement dur. La France également, a condamné sans ambiguïté ces attaques visant une zone civile. L'Espagne, l’UE, les Émirats Arabes Unis et des dizaines d’autres pays ont aussi exprimé leur mécontentement. Et pendant ce temps-là, Alger s’est murée dans un silence révélateur… Ce silence n’est pas neutre. Il est politique. Car il devient chaque jour plus difficile de soutenir que l’Algérie n’est «pas partie au conflit» tout en hébergeant, armant, finançant et protégeant diplomatiquement un mouvement qui revendique ouvertement des opérations terroristes contre le Maroc. Le décalage entre le discours officiel algérien et la réalité géopolitique devient désormais trop visible pour être crédible. L’attaque de Smara intervient surtout à un moment très particulier du dossier saharien. Depuis plusieurs années déjà, la dynamique internationale évolue clairement en faveur du Maroc. La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur les provinces du Sud a ouvert une séquence diplomatique nouvelle. L’Espagne a changé radicalement de position. La France a progressivement durci son soutien au plan d’autonomie et ne voit d’avenir à la région que sous souveraineté marocaine. Plusieurs pays africains, arabes et latino-américains ont consolidé leurs positions en faveur de Rabat. Et voilà que le Japon, puissance mondiale réputée pour son extrême prudence diplomatique, vient lui aussi rejoindre le mouvement des États qui considèrent désormais le plan marocain comme la seule base sérieuse et crédible de règlement d’un conflit artificiel qui n’a que trop duré. Ce n’est pas un détail. Lorsqu’un pays comme le Japon bouge, cela signifie que les équilibres internationaux ont profondément changé. Face à cette dynamique, le Polisario se retrouve enfermé dans une impasse stratégique. Son discours «révolutionnaire» sans révolution, appartient à un autre âge. Sa capacité de mobilisation internationale s’érode. Son narratif tiers-mondiste ne séduit plus grand monde dans un contexte dominé par les impératifs de stabilité, d’intégration économique et de sécurité régionale. De plus en plus, les États se rendent compte de l’arnaque. Tindouf n’est pas peuplé de ressortissants ayant fui le Maroc. Il s’agit plutôt d’une majorité de différentes origines séquestrées à l’intérieur d’une zone militaire sans aucun droit, et d’une minorité de Marocains originaires de la région en question. Dès lors, que reste-t-il au Polisario ? La tension militaire. Non pas pour gagner une guerre qu’il sait impossible à remporter, mais pour tenter de peser sur les futures négociations et surtout sur l’avenir de la MINURSO. Car derrière les attaques sporadiques se cache une logique politique précise, sans doute pas l’idée du seul Polisario: empêcher toute normalisation définitive du dossier et maintenir artificiellement l’idée d’un «conflit ouvert» au moins jusqu’au terme de la présidence Trump. Qu’est-ce qu’ils seraient heureux à Tindouf et Alger de voir le mandat de la MINURSO renouvelé ! Cela signifie bien sûr un conflit d’égal à égal, mais surtout la persistance de la zone tampon volontairement mise à disposition de la MINURSO par le Maroc, frange que le Polisario appelle zone libérée! Cependant, avec la nouvelle donne, le Polisario et son parrain algérien savent parfaitement qu’avec le temps, le statu quo profite de moins en moins à leur cause. Paradoxalement, ils savent aussi qu’une résolution définitive et rapide du conflit consacrerait leur échec stratégique historique. Alors ils jouent la montre, qu’advienne que pourra. Faire durer le conflit est devenu l’objectif principal d’Alger. Non pour parvenir à une issue, mais précisément pour éviter qu’une solution ne s’impose définitivement autour de l’autonomie sous souveraineté marocaine. Le maintien d’une tension permanente permet à l’Algérie de conserver un levier géopolitique contre le Maroc, d’alimenter une rivalité régionale devenue structurelle et de détourner une partie de ses propres fragilités internes. Dans cette logique, chaque avancée diplomatique marocaine provoque mécaniquement une montée des tensions orchestrées par le Polisario. Chaque ouverture internationale vers Rabat entraîne une tentative de sabotage politique ou sécuritaire. Les Américains ne sont pas dupes. En véritables maîtres à bord, ils demandent le démantèlement sans délai des camps. Le problème pour Alger est que le contexte international n’est plus celui des années 1970 ou 1980. Ils viennent de le palper à Ankara. Les grandes puissances regardent aujourd’hui le Sahara à travers le prisme de la stabilité, de la lutte contre le terrorisme au Sahel, des routes commerciales atlantiques et des investissements stratégiques africains. Ainsi, ils ne peuvent compter ni sur la Russie ni sur la Chine, dont les intérêts économiques au Maroc ne sont pas des moindres. Et dans cette équation, le Maroc apparaît de plus en plus comme un pôle de stabilité tandis que le Polisario donne l’image d’un acteur de déstabilisation. L’attaque de Smara risque donc de produire exactement l’effet inverse de celui recherché. Au lieu de relancer la centralité diplomatique du Polisario, elle accélère son isolement. Au lieu de fragiliser le Maroc, elle conforte ceux qui considèrent désormais que l’initiative marocaine d’autonomie représente la seule issue crédible. Le temps diplomatique joue aujourd’hui contre Alger et son poulain. Et c’est précisément ce qui rend la période actuelle particulièrement dangereuse. On ne sait pas ce qui peut se passer dans la tête de desperados ayant perdu 50 ans de leur vie et un paquet de milliards de dollars pour se voir dire basta. The game is over. La proposition de Joe Wilson et de Jimmy Panetta a beaucoup gagné en soutien au Congrès américain. Ils sont désormais 12 co-parrains. Cela comptera beaucoup dans un avenir proche. L'attaque de Smara et celles du Mali leur donne raison et davantage de crédibilité.